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3 000 opposants iraniens sur le pied de guerre en… Albanie

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Les moudjahidines du peuple ont trouvé refuge dans un vaste camp, entre Tirana et le port de Durrës. De là, ils attendent impatiemment la chute du régime iranien.

Par  à Ashraf 3

Le chauffeur de taxi qui nous conduit jusqu’à Ashraf 3 ne pourra pas franchir les grilles métalliques de la « porte des Lions ». Elle donne sur une grande avenue et un imposant arc de triomphe proclamant « Victory Is Ours, Future Is Ours » (« La victoire nous appartient, l’avenir nous appartient »). À l’entrée, Aladdin Touran, l’un des responsables des moudjahidines du peuple (OMPI), explique par téléphone, dans un français impeccable, qu’en raison du coronavirus, nous ne pourrons circuler qu’en voiture dans le camp.

Une automobile est mise à notre disposition pour suivre son véhicule. Après un entretien de plus de deux heures dans un local, où nous sommes séparés de nos interlocuteurs par une vitre, nous aurons droit à un tour du propriétaire, mais toujours en voiture. Ce qui permet de croiser des « Ashrafiens », mais guère d’engager la conversation avec eux.

Il n’y a que des adultes, aucun enfant, marchant seuls, ou par petits groupes, à bicyclette ou effectuant un jogging. Dans le camp d’Ashraf 3, il n’y a pas l’animation – et souvent le désordre – habituelle des camps de réfugiés, avec des mères de famille, entourées de bruyants gamins. Des hommes désœuvrés. Tout est propre, en ordre. Les moudjahidines du peuple ne possèdent d’ailleurs pas le statut de réfugiés. En effet, pour eux, Ashraf 3 en Albanie n’est qu’une étape provisoire avant de revenir très vite en Iran. Ils assurent avec conviction que le « régime politico-intégriste des mollahs iraniens, faible et isolé », vit ses derniers jours. En clair, ils sont sur le pied de guerre, même s’ils n’ont pas le droit d’être armés.

Une ville construite en 18 mois

« Contrairement à ce que prétend le régime iranien, nous ne sommes pas une secte. Les personnes peuvent sortir du camp, il y a des navettes pour Tirana », assure Behzad Saffari, représentant des résidents d’Ashraf 3. Ce camp est le successeur d’Ashraf 1 et 2, quand les moudjahidines du peuple, qui s’étaient battus aux côtés des Irakiens, ont été contraints de fuir après la chute de Saddam Hussein et les bombardements de leurs camps. Il n’a pas été facile pour les Américains de dénicher une terre d’accueil pour ce mouvement d’inspiration islamo-marxiste (du moins à l’origine), longtemps considéré comme une organisation terroriste. Les 200 premiers réfugiés ont débarqué au pays des aigles en 2013. Au fur et à mesure de leur arrivée, les exilés étaient dispersés sur une multitude de sites autour de Tirana.

Étaient-ils menacés par le régime iranien ? La police albanaise a effectivement déjoué au moins une tentative d’attentat. Les moudjahidines ont préféré se regrouper, non loin du port de Durrës. Une vraie ville de 3 000 âmes, sur une cinquantaine d’hectares, est sortie de terre en à peine dix-huit mois. Avec immeubles d’habitation, bureaux, salles de sport, réfectoires, musée, clinique, monuments. Sans oublier, le long des allées, des plantations d’arbres et de fleurs. Ces travaux titanesques attestent des importants moyens financiers dont disposent toujours les moudjahidines du peuple. La dirigeante de l’organisation, Maryam Radjavi, tout sourire, apparaît à de multiples reprises sur les vidéos que tiennent à nous commenter les dirigeants de l’OMPI.

Garder le moral dans la campagne albanaise

Maryam Radjavi ne manque effectivement pas de soutiens dans le camp français, qu’il s’agisse de Michèle Alliot-Marie, de Bernard Kouchner, de Rama Yade, ou encore d’André Chassaigne. L’opposition iranienne peut également compter sur de nombreuses personnalités internationales, comme Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York, Louis Freeh, ancien directeur du FBI, Stephen Harper, ancien Premier ministre canadien, ou encore la Colombienne Ingrid Betancourt. Mais sur le terrain, en Iran, que pèse l’OMPI ? « Nous n’avons pas qu’une reconnaissance internationale, nous possédons une capacité de mobilisation intérieure, des unités de résistance de trois à cinq personnes, que bien évidemment il n’est pas possible d’afficher en raison de la terreur qui règne en Iran. » Mais l’entourage de Hassan Rohani, le président de la République, est très inquiet, il parle de « situation révolutionnaire », assure Behzad Naziri, de la commission des Affaires étrangères, que nous avons rencontrée à notre retour à Paris.

Beaucoup de moudjahidines du peuple ne sont pas revenus en Iran depuis quatre décennies. Comment garder le moral, continuer à sacrifier toute son énergie quand on vit dans un camp au milieu de la campagne albanaise, à 4 000 kilomètres de sa patrie ? Afin de ne pas sombrer comme le lieutenant Giovanni Drogo dans Le Désert des Tartares, qui a passé son existence à attendre au fort Bastiani un ennemi, que finalement il ne combattra jamais.

Publié le  | Le Point.fr

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