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Achraf, le camp de la résistance démocratique

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Ingrid Betancourt

” Nous sommes de ceux qui ne baissons pas la tête. Et nous n’allons pas nous rendre face aux mensonges, face à la violence, face au temps qui passe pour que les autres oublient. Non, nous allons être ici, constamment, pour être témoins et aussi la voix de ceux d’Achraf, le camp de la résistance démocratique,  pour être leur voix, pour être leurs témoins et pour prendre leur défense

Elle s’exprimait dans une conférence internationale qui réunissait de hautes personnalités américaines et européennes autour de Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne. La conférence portait sur le camp d’Achraf en Irak qui abrite 3400 opposants iraniens, membres des Moudjahidine du peuple d’Iran, et sur une issue pacifique à cette crise.

Voici les moments forts de l’intervention d’Ingrid Bétancourt :

 

Camp Liberty, camp Liberté, quel choix judicieux des mots ! Un camp construit par l’armée américaine avec toutes les facilités, un camp pour la liberté. Quel mensonge ! Quel art de la désinformation ! Nous sommes en face d’un régime qui sait faire, qui sait utiliser non seulement les mots et les mensonges, mais aussi les armes et la violence. Et nous sommes nous ici, en face de ce régime, avec le verbe, avec les mots, parce que les mots sont l’âme des démocrates. Et avec ces mots, ces simples mots, une femme courageuse a réussi à arrêter la machine infernale de la folie du régime des mollahs et de ses complices en Irak. Et cette grande dame, c’est Madame Radjavi.

Et nous sommes tous témoins de son combat, un combat qu’elle mène depuis des années, d’abord seule, entourée de vous tous, mais seule à la face du monde, et peu à peu, avec persistance, avec intelligence, avec courage, elle a ouvert des portes, elle a ouvert des cœurs, elle a ouvert des sensibilités.

Aujourd’hui, lorsque nous parlons du camp d’Achraf, les gens ne nous répondent pas comme il y a un an « Qu’est-ce que c’est ? ». Aujourd’hui, les gens nous disent « Ah oui ! Le camp d’Achraf ! »

Peu à peu le monde s’éveille, peu à peu le monde commence à prendre conscience, grâce notamment au travail extraordinaire de nos alliés aux États-Unis. De tous ces hommes et femmes qui sont venus du continent américain pour parler en faveur du camp d’Achraf et qui ont réussi à faire ouvrir les portes des médias américains, beaucoup plus que nous, nous avons réussi à faire ici en Europe. Il nous reste donc beaucoup à faire. Parce que, s’il est vrai que nous avons réussi, par les mots, tous ensemble, et surtout Madame Radjavi, à détenir le compteur de Nouri al-Maliki qui devait s’arrêter au 31 décembre de l’année dernière, il nous reste beaucoup à faire, parce que le plan que nous avons en face de nos yeux nous préoccupe.

Et il nous préoccupe parce que l’on nous parle d’un plan de transition dans un camp appelé Liberty, qui est, selon toute évidence, non pas une prison, mais véritablement un camp de concentration. Et je voudrais faire la différence, parce que, voyez-vous, j’ai beaucoup réfléchi à mes dépens. J’ai moi-même connu la vie dans un camp de concentration. Et, ce n’est pas une prison. Une prison, c’est un endroit où la loi existe, c’est un endroit où les prisonniers sont couverts et protégés par une loi, et ont accès à la justice, ont accès à leur famille, ont accès à des soins médicaux, ont accès à la communication. Une prison, c’est dans un système démocratique, un endroit de justice.

Mais le camp Liberty n’est pas un endroit de justice. C’est un endroit de violation des droits de l’homme. C’est un camp qui a été pensé de façon machiavélique, pour humilier, pour atteindre l’homme dans sa dignité, pour réduire la volonté des êtres humains de façon à ce qu’ils baissent la tête et ils se rendent.

Et si nous sommes ici, c’est parce que nous sommes de ceux qui ne baissons pas la tête. Et nous n’allons pas nous rendre face aux mensonges, nous n’allons pas nous rendre face à la violence, nous n’allons pas nous rendre face au temps qui passe pour que les autres oublient. Non, nous allons être ici, constamment, pour être témoins et pour être aussi la voix de ceux qui sont à Achraf, oui, le camp de la résistance démocratique, oui, pour être leur voix, pour être leurs témoins et pour prendre leur défense.

Alors, notre premier but de cette année 2012 est un but terriblement que nous avons tous constaté, mais qui doit être redit. Il est absolument nécessaire que nous réussissions à ce que le gouvernement américain enlève de la liste des terroristes l’organisation OMPI. Cela est absolument vital. Vital évidemment parce que c’est le déguisement pour pouvoir abuser de la crédulité des êtres humains, de l’opinion publique internationale, et pouvoir donc masquer les horreurs qui sont dans le plan de al-Maliki, horreurs de génocide, horreurs de violation des droits de l’homme, horreurs de mensonges, horreurs, horreurs finalement d’intérêts précis pour que le silence se fasse autour d’une résistance qui est quand même une résistance importante en ce monde, alors que nous assistons précisément à ce réveil du monde arabe.

Cette résistance ici, vous tous qui faites partie de cette résistance, vous êtes un danger parce que vous êtes ceux qui montrez la voie. Vous avez déjà de l’expérience. Et que partout dans le monde arabe votre combat se mène à différents niveaux, mais pour les mêmes raisons, par d’autres personnes, mais exactement avec les mêmes intentions, celles de réussir à libérer de la tyrannie ces peuples frères, vos peuples frères, qui doivent nous concerner tous. Parce que oui, nous faisons partie d’un monde globalisé, et que oui, comme le disait le maire Giuliani, ce qui se passe en Iran a des répercussions aux États-Unis et a aussi des répercussions en Colombie, parfaitement.

Jje voudrais aussi revenir un instant sur le rôle des États-Unis qui est absolument fondamental. Et il est fondamental parce que, et j’ajoute à ce que je vais dire toutes les raisons qui ont été dites auparavant, toutes plus judicieuses les unes que les autres, mais ceux qui regardons ou qui avons regardé les années qui se sont écoulées auparavant avec la distance de ne pas pouvoir y participer, j’ai une profonde tristesse, en tant que citoyenne du monde, de me dire que nous avons vu les États-Unis arriver en Irak pour confronter, oui, une tyrannie terrible, celle de Saddam Hussein, qu’il fallait confronter je crois. Et je sais qu’il y a d’autres points de vue là-dessus, mais moi je crois que c’était nécessaire.

Mais je pense que le résultat de cet engagement ne peut pas être le désengagement face à la liberté, à la démocratie et aux droits de l’homme. Et je le dis parce que, quelle plus grave défaite que celle d’avoir réussi à faire tomber le régime de Saddam Hussein pour que grandisse un régime encore plus néfaste, allié à un autre régime qui est finalement le grand ennemi de la démocratie du monde ? Il y a là des réflexions qui doivent se faire. Comment est-ce que l’Histoire va juger la décision d’avoir envoyé des troupes en Irak pour laisser que l’Iran grandisse et se renforce ? Il y a une contradiction fondamentale. Et si nous ne le disons pas, nous sommes complices. Nous sommes complices par notre silence. Il y a quelque chose que nous ne pouvons pas accepter. Nous ne pouvons pas accepter la contradiction fondamentale d’avoir défendu l’idée de faire la guerre en Irak pour défendre la démocratie, et au moment où les principes de la démocratie sont en jeu, tout simplement regarder ailleurs parce que cela nous encombre. Parce que peut-être nous avons dans notre agenda d’autres intérêts.

C’est pour ça que je fais appel à Hillary Clinton. Parce que je crois qu’elle est justement dans ce moment de la vie où elle peut prendre des responsabilités pour elle, pour son pays, en tant que femme, pour nous, pour ses ambitions personnelles, présidentielles par la suite si elle continue à en avoir. Mais surtout pour le monde. Quel est ce monde dans lequel nous vivons, dans lequel les choses se font de façon incohérente ? Nous ne pouvons pas accepter les milliers de morts en Irak.

Si Nouri al-Maliki peut tuer sans conséquence la Résistance iranienne démocratique, les hommes et les femmes de bien qui sont en ce moment à Achraf, alors oui, il faut trouver une solution, mais cette solution, ce n’est pas celle de Nouri al-Maliki, c’est notre solution à nous. C’est celle de trouver le moyen pour que rapidement ces 3400 hommes et femmes soient en terre sauve. Que faut-il faire ? D’abord demander à l’ONU de faire ce qu’elle doit faire. Pourquoi est-ce qu’elle prend autant de temps l’ONU pour faire ce qu’elle doit faire ? Pourquoi est-ce que les interviews n’ont pas commencé depuis le 1er janvier alors qu’un accord a déjà été signé ? Nous voulons des actions, nous voulons des responsabilités, et nous voulons surtout dire à nos frères et sœurs d’Achraf que nous sommes ici tous ensemble, nous tous qui avons lutté contre le terrorisme, nous sommes là pour lutter contre le pire des terrorismes, c’est le terrorisme d’État, le terrorisme légal, le terrorisme qui ose siéger aux Nations Unies. Merci

 

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