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Camp ” Liberty ”: une cruelle arnaque?

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Posté : 22/02/2012
En 1932, l’éminent théologien Reinhold Niebuhr écrivait L’Homme moral et la société immorale, mettant en garde contre la tendance des institutions à perdre leur sens de l’humanité. Comment mieux expliquer les mesures d’aujourd’hui du Département d’État américain qui jouent avec les vies et les espoirs de plus de 3 000 opposants iraniens qui ont été ” volontairement ” transférés du camp d’Achraf, une petite cité à 60 km au nord de Bagdad, où ils ont vécu ces 25 dernières années ? De là, ils ont été déplacés vers une petite section isolée du camp Liberty, une base américaine abandonnée, pillée par les Irakiens, sans les équipements élémentaires et sous les yeux vigilants de la police irakienne qui les ont brutalement attaqué auparavant.
Du point de vue du Département d’État, ils font à ces opposants, membres de l’OMPI (Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran), une faveur et ne déshonorent pas un engagement solennel qui leur a été fait par l’armée américaine en juillet 2004 lorsqu’elle a promis qu’ils seraient traités en tant que Personnes Protégées en vertu des Conventions de Genève en échange de l’abandon par l’OMPI de leurs moyens d’auto-protection. Mais, c’est malheureux à dire, la vision bienveillante du Département d’État est gravement défectueuse.
En réalité, il a, comme Niebuhr avait mis en garde, perdu son sens de l’humanité et montre au lieu de cela que les assurances américaines de protection ne peuvent être prises au sérieux face aux intérêts institutionnels. Les États-Unis ont cédé touts les droits qu’ils avaient pu avoir en tant que puissance occupante au nouveau régime irakien, lequel souhaite apaiser l’Iran voisin comme le diable avec lequel il doit traiter.
Qui en souffre par conséquent ? À brève échéance, l’OMPI, bien sûr ; à long terme, les États-Unis.
Certes, le Département d’État peut à juste titre prétendre qu’il a tenté d’adoucir le coup auquel l’OMPI aurait été autrement exposée si ses gens étaient restés au camp d’Achraf. Parce que là, ils auraient subi des attaques meurtrières supplémentaires de la part des forces irakiennes et peut-être une déportation forcée en Iran pour se trouver face aux peines de mort. Au lieu de cela, le Département d’État, travaillant avec les responsables de l’ONU, a proposé la ” solution ” d’un prétendu transfert volontaire au camp Liberty, qui, malgré des conditions en-dessous des normes, servirait de passerelle pour l’Europe et les États-Unis une fois que les nouveaux arrivants sont enregistrés comme réfugiés par l’ONU.
Voici ce qui ne va pas avec ce scénario d’après les récents rapports fournis par ceux qui sont sur le terrain : les 400 membres de l’OMPI qui, en dépit d’un fort scepticisme au sujet du plan, ont accepté l’offre comme une manière de mettre à l’épreuve les bonnes intentions du Département d’État, des Nations Unies et du gouvernement de l’Irak.
1. Le camp Liberty ne dispose pas de réserves d’eau utilisables et encore moins d’eau potable.
2. Les bungalows dans lesquels les nouveaux arrivants doivent être logés sont complètement usés et extrêmement sales au point d’être inhabitables. Il n’y a que 80 bungalows et la plupart d’entre eux n’ont pas d’installations électrique, il n’y a par conséquent pas de lumière ni de chauffage.
3. Le système d’évacuation des eaux usées ne fonctionne pas et par conséquent l’absence des équipements d’hygiène risque de causer de graves problèmes de santé, avec les eaux usées à l’air libre dans les zones des quartiers de résidence.
4. Contrairement aux assurances du Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, l’ambassadeur Kobler, stipulant que le camp Liberty répond aux normes humanitaires – et aux assurances similaires de la part du Département d’État sur lesquelles les membres de l’OMPI ont compté en acceptant le transfert à cet endroit – les normes humanitaires internationales minimales sont de façon flagrante absentes.
5. Le poste de police est situé au nord-ouest du camp, à côté de la section où sont situés les résidents. En outre, il y a quatre autres stations de police et points de contrôle dont l’un placé sur le chemin du réfectoire de manière à ce que chaque résident qui veut s’y rendre doit passer le point de contrôle de la police. Plus sinistrement, le commandant de la police en charge du camp semble être le même commandant responsable des invasions dans le camp d’Achraf à deux reprises qui ont provoqué au total plus de 40 civils sans armes tués et de centaines blessés. De plus, la police patrouille sans cesse à l’intérieur du camp avec des véhicules et de puissantes mitrailleuses.
6. En outre, les Irakiens ont installé sept caméras de surveillance toutes dirigées sur la zone résidentielle du camp. Ces caméras ne laissent absolument aucune intimité à personne.
7. Une prison aurait été mieux que le camp Liberty, parce que dans une prison, les gardiens doivent respecter certaines règles, et les prisonniers ont certains droits. Au camp Liberty, l’opération de la police irakienne semble être débridée.
Tout ceci soulève la question du pourquoi le Département d’État prendrait-il part à une telle fourberie, car le camp Liberty ne semble aucunement constituer un centre de traitement pour réinstallation des résidents, mais s’apparente davantage à une prison où la liberté reste une lettre morte.
Nous ne disposons que d’un Département d’État et nous aimerions bien sûr lui donner le bénéfice du doute. Certes, c’est ce que les dirigeants de l’OMPI ont fait. Pourtant, quelle crédibilité le Département d’État a-t-il vis-à-vis de l’OMPI lorsqu’il persiste à la maintenir sur sa liste FTO (Organisations Terroristes Étrangères), bien après que le Royaume Uni et l’Union Européenne l’ont retirée de leur liste respective pour absence de preuve justificative.
Malheureusement, il semble que le camp Liberty ne soit rien d’autre qu’une cruelle arnaque perpétrée à l’encontre de ce groupe. Certainement, le Département d’État est au courant que le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a clairement fait état de son intention : débarrasser le sol irakien de l’OMPI. Le problème est que personne ne veut les accepter pour leur réinstallation tant qu’ils restent sur la liste FTO du Département d’État. Au lieu de les retirer de cette liste, le Département d’État, sans faire part d’une quelconque bonne raison, a refusé de retirer l’OMPI de la liste, comme le lui avait demandé la cour d’appel américaine à Washington. Par conséquent, il permet au régime irakien de se rabattre sur le bobard que l’OMPI, considérée comme une entité terroriste par les États-Unis, mérite tout traitement que le gouvernement irakien juge lui convenir. Ainsi, les ententes auxquelles on est parvenu concernant la réinstallation, quelles qu’elles puissent être, sont ébranlées par le Département d’État lui-même.
Apparemment, le refus du Département d’État de changer d’avis, malgré une ordonnance de la cour d’appel américaine en juillet 2010 d’accélérer le processus d’examen pour l’annulation de la désignation, est ancré dans le fantasme que l’Iran peut être amené à négocier sur son programme de développement nucléaire si les opposants majeurs de l’Iran – l’OMPI – peuvent être maintenus entravés.
À part les questions d’intégrité dans ce que les États-Unis disent et font – aujourd’hui l’OMPI, demain, Dieu sait qui – il y a quelque chose dans la position du Département d’État qui défie la logique comme la loi. L’OMPI est l’ennemi de notre ennemi, et non l’ennemi de l’Amérique. Elle a renoncé au terrorisme. Face à la provocation extrême, l’OMPI a encore une fois montré son engagement de non-violence et a épuisé tous les moyens pacifiques pour la transformation de l’Iran de la brutalité vers l’humanité, de l’autocratie théocratique à ce qui s’apparente à la démocratie.
Peut-être, contrairement à l’image lugubre donnée jusqu’à présent, quelque bonne volonté viendra encore des efforts du Département d’État pour la réinstallation au camp Liberty. Au moins, ceci est certain : si le camp Liberty se révèle être une arnaque, il n’y a pas de raison pour personne de croire que les États-Unis résisteront jamais à l’Iran.
Allan Gerson est le Président de AG International Law à Washington DC. Il est actuellement impliqué avec d’autres avocats dans la représentation de l’OMPI dans ses efforts pour être retirée de la liste des Organisations Terroristes Étrangères du Département d’État.

http://www.huffingtonpost.com/allan-gerson/camp-liberty-a-cruel-hoax_b_1294291.html

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