18
AUG
2017

Crime contre humanité: Exposition sur l’Iran à Paris

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À l’occasion de l’anniversaire du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988 en Iran, une exposition de photos et de documents a été organisée, à l’initiative du Comité de Soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI), les 16 et 17 août, à la mairie du 1er arrondissement de Paris.

Après avoir visité l’exposition et déposé des gerbes devant les noms et les photos des victimes, Jean-François Legaret, maire du 1er arrrondissement qui a accueilli cette exposition dans sa mairie a demandé une minute de silence à leur mémoire. Il a expliqué que cette exposition « témoigne bien du fait qu’il y a le crime commis en 1988. C’est un acte barbare. Plus de 30.000 victimes. 33.700 ce serait le chiffre de l’approximation à laquelle on parviendrait. Exécutions sans jugement, qualifiées désormais par Amnesty International de crime contre l’humanité. Ça c’est le crime commis en 1988. Mais il y a le crime commis encore aujourd’hui par le régime actuel qui consiste à effacer, à nier la mémoire de ce massacre, à effacer les traces de ces massacres pour rendre inopérante une éventuelle commission d’enquête. »

Une conférence a été organisée sur place en marge de l’exposition sur le massacre de 1988 et les violations des droits humains en Iran. Sarvnaz Chitsaz, présidente de la Commission des femmes du Conseil national de la Résistance iranienne a lu le message de Maryam Radjavi, la présidente élue de la Résistance iranienne, à cette exposition : « Ceux qui ont gardé le silence devant cette catastrophe ont opprimé l’humanité, car les mollahs pensent que leurs crimes ne seront pas punis, alors ils exportent le terrorisme et l’intégrisme hors d’Iran et mettent le Moyen-Orient à feu et à sang. »

« Heureusement, souligne Mme Radjavi dans ce message, depuis l’an dernier, un mouvement pour la justice s’est levé en Iran en faveur des victimes de ce massacre. Aujourd’hui, même des jeunes dans le pays qui sont nés après ce massacre, se lèvent pour demander justice. Les Iraniens demandent des comptes aux responsables et la fin de leur impunité. »

Plusieurs personnalités sont intervenues lors de cette conférence, notamment le préfet honoraire Yves Bonnet (Président du Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme et l’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) auteur de plusieurs livres sur le régime iranien, l’ancien eurodéputé britannique Struan Stevenson qui préside l’Association européenne pour la liberté en Irak (EIFA) et auteur d’un ouvrage sur le combat des opposants iraniens. Des anciens prisonniers politiques iraniens ont pu apporter leurs témoignages. Ils ont tous dénoncé ce qui a été qualifié de crime contre l’humanité resté impuni.

Dans un rapport publié le 2 août dernier, Amnesty International a dénoncé la détention des activistes qui réclament justice. « Les défenseurs des droits humains qui recherchent la vérité, la justice et la réparation pour des milliers de prisonniers sommairement exécutés ou disparu par la force dans les années 80, note Amnesty International, doivent faire face à de nouvelles représailles de la part des autorités ». L’ONG poursuit : « La nouvelle répression a ravivé les appels pour une enquête sur le meurtre de plusieurs milliers de prisonniers politiques dans une vague d’exécutions extrajudiciaires dans le pays pendant l’été 1988. »

Appel pour une enquête internationale

Le maire du 1er arrondissement de Paris, Jean-François Legaret, a invité les maires et élus de France à signer un appel au gouvernement français, ainsi qu’aux instances européennes et à l’ONU pour exiger du régime iranien des explications sur ce massacre, demander une enquête internationale et la fin des exécutions et des violations des droits humains en Iran.

Il a été appuyé par plusieurs maires présents à l’exposition parmi lesquels Armand Jacquemin, maire de Moussy-Le-Vieux, Jean-Claude Jegoudez, Maire de Grisy-sur-Seine, Jacky Duminy, Maire d’Ors.

Les maires écrivent dans cet appel : « Nous estimons que les échanges économiques ou touristiques avec l’Iran ne doivent pas nous rendre indifférents au sort du peuple iranien. Depuis la réélection du président dit « modérée Hassan Rohani, les exécutions continuent. »

Au cours des 29 dernières années, le régime des mollahs a cherché à cacher ce crime dans lequel ses plus hautes autorités sont impliquées. Toutefois, depuis un an, la question du massacre a refait surface en Iran. Il s’est trouvé au centre des débats, notamment au cours de la parodie électorale du mois de mai dernier, de sorte que le Guide suprême des mollahs, Ali Khamenei, a été obligé de mettre en garde à ce sujet.

Le nouveau ministre de la justice du cabinet d’Hassan Rohani est un ancien membre de « la commission de la mort » chargé du massacre de 1988, dans la province du Khouzistan. Il se trouve sur la liste des sanctions de l’Union européenne pour son implication dans de graves violations des droits humains en Iran. Il remplace à la « justice », Mostafa Pour-Mohammadi qui a également été un des membres de « la commission de la mort » à Téhéran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Historique du massacre de 1988

Pendant l’été de 1988, plus de 30 000 prisonniers politiques furent exécutés dans les prisons iraniennes. La vaste majorité était constituée de partisans et de sympathisants de l’Organisation des Modjahedines du peuple d’Iran mais on put aussi dénombrer d’autres victimes tels que des partisans de groupes de gauche.
Saisissant l’opportunité de débarrasser l’Iran de milliers de prisonniers politiques, dont beaucoup étaient en prison depuis 1981, l’Ayatollah Khomeini émit une fatwa et prononça les mots suivants : « Il est décrété que tous les prisonniers d’Iran qui demeurent fidèles à leur soutien au Monafeqin (terme péjoratif utilisé par les mollahs pour désigner les membres de l’OMPI) se livrent à une guerre contre Dieu et sont condamnés à la peine capitale.»
Des Comités de la Mort furent créés. Ils étaient constitués d’un juge religieux, d’un agent des renseignements et d’un procureur de la république et demandaient simplement aux prisonniers s’ils demeuraient fidèles à leur soutien aux Modjahedines. Un ancien employé de la prison d’Evin, Kamal Afkhami Ardekani présenté aux Nations Unies en qualité de témoin, déclara : « Ils alignaient les prisonniers dans une salle de 14 mètres sur cinq située dans le bâtiment de bureaux et leur posaient une seule question, « Quelle est votre appartenance politique? » Ceux qui répondaient les Modjahedines étaient pendus à des grues stationnées sur le parking à l’arrière du bâtiment. »
En mars 1989, le journal français Le Monde rapporta : « l’Imam Khomeini a convoqué le Procureur révolutionnaire, Hojjatol-Islam Khoeiniha, pour l’informer que dorénavant tous les Modjahedines, qu’ils se trouvent en prison ou ailleurs, devront être tués en raison de leur guerre menée contre Dieu. Les exécutions étaient précédées de procès arbitraires. Le procès consistait à faire pression de différentes manières sur les prisonniers afin qu’ils se repentissent, qu’ils modifient leurs habitudes et qu’ils se confessent. On fait état de l’exécution de jeunes Modjahedines, y compris ceux qui avaient été incarcérés huit ans auparavant, alors qu’ils étaient âgés de 12 à 14 ans, pour avoir participé à des manifestations publiques. »
Dans une lettre adressée à son fils Ahmad, Khomeini déclara : « Anéantir les ennemis de l’Islam immédiatement ». D’après la déposition d’Ardekani, « Le processus a continué encore et encore, sans interruption ». En deux semaines, plus de 8 000 prisonniers politiques furent exécutés, enterrés en secret dans des tombes collectives à travers l’Iran.
Selon Amnesty International, « Les ordres d’exécutions provenaient des plus hauts sommets de l’état iranien et étaient supposés affronter un danger pressenti provenant des groupes d’opposition armés, en particulier les Modjahedines du Peuple d’Iran et l’organisation Fedayan-e Khalq. Amnesty International pense que ces exécutions constituent un crime contre l’humanité.»
Comme le spécifie l’un des rares prisonniers politiques à avoir survécu au massacre de 1988 : « La communauté internationale à ce jour siège toujours en compagnie des instigateurs de ce massacre, qui occupent des postes clé au sein du gouvernement de Téhéran. C’est une honte. »
Dans les faits, le Ministre de la Justice du président Rouhani, M. Mostafa Pourmohammadi, est un ancien membre des Comités de la mort de 1988. En sa qualité de représentant du Ministère du Renseignement, il était l’un des membres des comités tripartites qui ont supervisé et permis l’exécution de dizaines de milliers de prisonniers politiques au cours de l’été 1988. Ebrahim Reissi, actuellement chef adjoint du système judiciaire fut aussi étroitement impliqué dans le massacre de 1988.
L’organisation Human Rights Watch, en citant les mémoires de l’Ayatollah Montazeri, écrit : « L’Ayatollah Montazeri a présenté Mustafa Pour-Mohammadi comme le représentant du Ministère de l’Information chargé d’interroger les prisonniers de la prison Evin et le considère comme l’une des figures centrales des exécutions de masse de prisonniers qui se sont déroulées à Téhéran. Il relate une rencontre avec Pour-Mohammadi et les deux autres membres du Comité de la prison Evin. »70 Le rapport continue en disant : « l’Ayatollah Montazeri, en citant des personnages officiels chargés d’effectuer les exécutions, place le nombre de prisonniers exécutés entre 2 800 et 3 800, mais il reconnaît que ses souvenirs ne sont pas précis. »71 Montazeri écrit aussi : « D’après les personnes chargées d’exécuter les ordres de [l’ Ayatollah Khomeini], environ deux mille huit cents ou trois mille huit cents – je ne me souviens pas exactement – hommes et femmes furent exécutés. »
L’importance de ce massacre et sa résonance avec l’histoire actuelle de l’Iran résident dans le fait que « ces atrocités ont toujours lieu aujourd’hui », comme le souligne Mohammad Mohaddessin, président du Comité des Affaires Étrangères du Conseil National de la Résistance.
L’historique des exécutions depuis la création de la République islamique d’Iran montre que la peine de mort, les exécutions arbitraires et extrajudiciaires en Iran constituent un moyen institutionnalisé de gouvernance et représentent le mode opératoire du régime iranien. Par conséquent, les discours tenus par les modérés et les partisans de la ligne dure sont complètement futiles et ne servent qu’à cacher la réalité d’un régime perfide qui dirige l’Iran d’une main de fer.

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