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En Iran, le crime du vernis à ongles

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Les Iraniennes mènent une bataille quotidienne face à la police qui veille au respect des codes vestimentaires islamiques  

Le Monde, 14 octobre – En Iran, la tenue vestimentaire est devenue une forme de résistance civile pour les femmes qui veulent repousser les limites imposées par la société et par l’Etat. Les photos de la photographe iranienne Maryam Rahmanian s’inscrivent dans cette démarche. Leur publication est inimaginable dans le pays, car elles se moquent ouvertement de la police des moeurs, qui veille au respect des codes vestimentaires stricts en vigueur depuis la révolution islamique de 1979.

Les femmes interpellées par cette brigade, fondée sur ordre de l’imam Khomeyni, sont systématiquement fichées. Mais, pour le cliché anthropométrique, elles doivent se présenter dans une tenue sobre, ayant effacé l’objet de leur ” délit ” – maquillage voyant, vêtements colorés ou foulard pas assez rabattu. Un baromètre politique.

Le hidjab, obligatoire depuis 1980, oblige les femmes à couvrir leurs cheveux et tout leur corps, hormis le visage et les mains. Pourtant, l’interprétation de ces règles reste arbitraire. Leur application par la police des mœurs passe pour être un bon baromètre politique. Quand les réformateurs ont le vent en poupe, les contrôles se relâchent ; quand le climat social se tend, ils sont plus zélés. Ainsi, ces dernières années, il a été interdit de mettre des tenues ” trop colorées “, des manteaux ” trop serrés ou courts “. Alors que, sous la présidence du réformateur [!!!] Mohammad Khatami, au pouvoir de 1997 à 2005, ces détails ne suscitaient pas tant la colère des autorités. Aujourd’hui, pour ne pas avoir d’ennuis, mieux vaut éviter tout ce qui ” tape à l’œil “.

Dès leur plus jeune âge, les Iraniennes intègrent ces codes de façon quasi instinctive. Dans la rue et d’autres espaces publics, elles sont exposées aux nombreux slogans qui martèlent la conduite à suivre : ” Ma soeur ! Ton hidjab est une arme contre l’ennemi ! ” ; ” Ma fille ! Le hidjab est une protection, pas une restriction ! ” Ces rappels à l’ordre côtoient souvent les effigies des martyrs de la guerre Iran-Irak (1980-1988), établissant ainsi un parallèle entre le patriotisme et le respect des codes vestimentaires.

Pour celles qui bravent ces normes et sont arrêtées par la police des mœurs, le parcours est balisé. Elles sont transférées vers des commissariats pour y être fichées : photo et relevé d’identité. Elles doivent ensuite signer un document dans lequel elles s’engagent à ne plus jamais désobéir aux codes vestimentaires islamiques. Puis elles sont relâchées, vêtues cette fois d’une tenue ” décente ” que leur famille ont pris soin de leur apporter. Les moins chanceuses sont traduites en justice et risquent une peine de prison allant de dix jours à deux mois ou une amende de 50 000 à 500 000 rials (de 2 à 20 dollars). …

Assal Reza

 

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