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Grâce à l’Iranienne Maryam Mirzakhani, la plus prestigieuse des récompenses en mathématiques, se féminise

Une première dans l’histoire de la médaille Fields

maryam mirzakhani 2Depuis la création de la médaille Fields en 1936, aucune femme n’avait encore reçu ce prix. Mais le 13 août 2014, Maryam Mirzakhani, 37 ans, spécialiste de géométrie à l’université Stanford, aux Etats-Unis, est devenue la première lauréate féminine de cette prestigieuse distinction qui récompense, tous les quatre ans, deux à quatre mathématiciens d’envergure de moins de 40 ans. Sont également récompensés Artur Avila, Manjul Barghava et Martin Hairer.

Si la Perse a beaucoup apporté aux mathématiques, par exemple grâce au savant et poète Omar Khayyam, au XIe siècle, l’actuelle école iranienne de mathématiques est bien moins connue. Pourtant, «aujourd’hui, il y a de nombreux très bons mathématiciens de nationalité iranienne, explique Martin Hairer. Cela dit, ils travaillent quasiment tous aux États-Unis ou en Europe».

La «fuite des cerveaux »

En effet, la répression croissante en Iran depuis plus de trois décennies, a entraîné l’exode de l’élite universitaire de l’Iran.

Un haut responsable de la théocratie a reconnu que les étudiants les plus instruits partent travailler à l’étranger pour fuir le régime. Qassem Ahmadi, membre de la commission de l’Education au parlement du régime, a déclaré sur le site du Parlement le 16 juillet 2013 : «Beaucoup de ceux qui arrivent dans les dix premiers du classement dans les examens d’admission au collège ces 15 dernières années, ont fui le pays.»

Selon le Fonds monétaire international, l’Iran a perdu 15 % de sa population plus instruite au début des années 1990, lorsque plus de 150.000 Iraniens quittaient le pays chaque année, et 25 % de tous les Iraniens avec une formation universitaire vivent dans des pays développés.

Un rapport publié par le Fonds monétaire international en 2009 a également constaté que l’Iran est en tête de liste des pays qui perdent leur élite universitaire, avec une perte annuelle de 150.000 à 180.000 spécialistes – ce qui équivaut à une perte en capital de 50 milliards de dollars.

Le quotidien gouvernemental Shargh reconnait d’ailleurs que 76% des Iraniens médaillés dans les olympiades internationales en mathématiques, entre 1993 et 2013, se trouvent actuellement dans les plus grandes universités américaines Harvard, Princeton, Stanford ou Britanniques.

Le “prix Nobel” de maths obtenu par une iranienne, sonne comme une gifle aux intégristes misogynes au pouvoir en Iran

Malgré la discrimination sexuelle à l’égard des femmes par le régime iranien, elles sont bien plus présentes que les hommes à l’université. Le nombre de femmes admises est passé de 40% à plus de 59,9% durant la dernière décennie, alors que le nombre d’élèves (féminins et masculins) est resté le même.

Quant à Maryam Mirzakhani, elle est en 1994 la première fille iranienne médaillée d’or aux Olympiades internationales de mathématiques (IMO) qui permettent aux lycéens du monde entier de se mesurer à travers une série de problèmes de haut niveau. L’année suivante, elle obtient la note parfaite : 42 sur 42, et fini numéro un mondial.

Changement de mentalité

Que Maryam Mirzakhani reçoive la médaille Fields confirme d’une façon général un changement de mentalité à l’échelle mondiale: il est temps de reconnaître que les mathématiques ne sont pas seulement une affaire d’hommes. Ce changement a été amorcé il y a plus d’une décennie avec les premiers prix attribués à des mathématiciennes. Et cet été à Séoul, à la grande messe des mathématiques qu’est le congrès international rassemblant 3 000 mathématiciens, on compte 26 femmes sur 200 conférenciers invités, contre seulement 8 lors de l’édition de 1994, à Zürich, en Suisse. Maryam Mirzakhani inaugure-t-elle une longue série de femmes médaille Fields? On peut l’espérer.

En tous cas, aujourd’hui elle vient de prouver au monde entier qu’une femme, peut obtenir la très convoitée médaille Fields.

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