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La vie sous Daech, ces femmes qui ont vécu l’enfer

La vraie beauté doit être cachée.» A Mossoul, trois mois après la reprise de la rive est de la ville, ce gigantesque graffiti appelant les «sœurs» à se voiler intégralement reste l’un des derniers vestiges de la propagande du groupe Etat islamique (EI). «Daech a emprisonné chaque femme dans sa maison», résume Sherazade*. Le 10 juin 2014, lorsque cette ville de 2 millions d’habitants – la seconde du pays – est tombée, cette femme de 35 ans travaillait encore comme enseignante. Sous l’occupation, elle s’est reconvertie en source pour des journalistes basés au Kurdistan irakien. «J’envoyais par WhatsApp des informations générales, lorsqu’il y avait un bombardement ou une réunion dans la rue», résume la reporter clandestine. Elle encourait pour cela la peine de mort.

Des restrictions de plus en plus nombreuses

«Au début, les soldats se présentaient comme les libérateurs du gouvernement. Ils assuraient que tout le monde pouvait vivre ici et travailler librement», poursuit-elle. Dès le 11 juin 2014, la «Constitution» de la ville – «Wathiqat Al-Madina» – est édictée. Ce texte régit avec précision la vie des femmes, leur interdisant de sortir «sauf en cas de nécessité». «On pensait que c’était une blague, se souvient Sherazade. Le plus stupide m’a paru être le port du niqab.» Mais en juillet, les militants placardent ce texte aux murs et le distribuent à domicile. Les femmes ont interdiction de sortir sans un «mahram»: un homme de leur famille (mari, cousin, père, frère, etc.).

Symbole clé

Dans leur ouvrage What kind of liberation – Women and the occupation of Iraq, les chercheuses Nadje Al-Ali et Nicola Pratt observent que «les mouvements islamistes ont fait de la femme un symbole clé de la construction d’une nation». En plus de deux années et demie de règne, le proto-Etat islamiste a tenté de modeler une «femme nouvelle» à l’image de son idéologie. En février 2015, un manifeste diffusé à leur adresse stipule que «la fonction fondamentale de la femme est d’être à la maison avec son mari et ses enfants». Quelques pages plus loin, c’est «l’échec du modèle occidental pour la femme» qui est abordé: «Le modèle privilégié par les infidèles en Occident a échoué à l’instant où les femmes ont été «libérées» de leur cellule à la maison.» Le mariage des petites filles à partir de 9 ans est autorisé, tandis que leur programme scolaire, de 7 à 15 ans, jongle entre l’étude du Coran et de la charia, la couture et le tricot. Tribune de Genève

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