ActualitésFemmes

Indonésie: Human Rights Watch dénonce des tests de virginité pour entrer dans la police

Posted

L’ONG américaine de défense des droits de l’Homme dénonce le recours à d’humiliants tests pour les femmes recrutées dans les forces de l’ordre. Ce n’est pas un cas isolé.

Policières indonésiennesLes autorités indonésiennes doivent au plus vite mettre fin aux tests de virginité obligatoires pour les candidates à l’entrée dans la police, demande l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié mardi. L’organisation juge cette pratique «dégradante», «discriminatoire» et contraire aux droits de l’homme.

Le concours d’entrée à l’académie de police est ouvert aux femmes âgées de 18 à 22 ans, qui n’ont jamais été mariées. Sur la page dédiée aux admissions du site Internet de l’académie, il est précisé que les candidates doivent subir, en plus d’une batterie d’examens médicaux, physiques et psychologiques, un test de virginité. «Toutes les femmes voulant devenir policières doivent donc préserver leur virginité», peut-on lire sur le site. Mais plusieurs des jeunes femmes interviewées par HRW disent avoir appris l’existence de ce test lors de l’examen médical à l’académie de police.

À l’académie de police de la capitale Jakarta, le responsable du centre médical, Rusdianto (qui comme beaucoup d’Indonésiens ne porte qu’un seul nom), préfère rester vague. «Nous voulons les meilleures», se contente-t-il de répondre, en insistant sur le fait que le test de virginité n’est qu’ «un examen parmi d’autres», et qu’il «n’est pas éliminatoire».

Une policière qui a passé le concours en 2013 se rappelle, la voix tremblante, de cette expérience. «Les responsables nous ont dit que le check-up comprenait une inspection ‘de l’intérieur’. J’ai été choquée quand je me suis rendu compte [qu’ils parlaient] d’un test de virginité».«Je me suis sentie gênée, nerveuse, mais je ne pouvais pas refuser», poursuit-elle. «Si j’avais refusé, je n’aurais pas pu devenir policière.»

HRW s’inquiète particulièrement de cette pratique depuis que les autorités indonésiennes ont fait part de leur volonté d’augmenter les effectifs féminins au sein de la police. En avril dernier, la police avait lancé une campagne de recrutement massif, et 7000 femmes ont déjà commencé une formation intensive. Sri Mulyati, une activiste qui lutte contre les violences faites aux femmes et qui a énormément travaillé sur le sujet des tests de virginité, explique que la pratique est loin de se limiter à la police. L’armée, mais aussi certaines universités publiques, écoles et compagnies privées continuent de pratiquer ces tests, assure t-elle.

Dans ce pays de 250 millions d’habitants, majoritairement musulmans, la question de la «pureté» des femmes fait régulièrement débat. En 2013, l’agence pour l’éducation de la ville de Prabumulih, sur l’île de Sumatra, avait prévu de mettre en place des tests de virginité dans les conditions d’entrée au lycée, une mesure abandonnée après de nombreuses condamnations de la part de professionnels de l’éducation.

«La virginité est vue comme un symbole de pureté, de moralité», explique Andy Yentriyani, de la Commission nationale des violences faites aux femmes. Mais pour elle, il s’agit surtout de «misogynie». «Ces tests sont opposés aux principes de base de dignité humaine et des droits de l’homme», condamne-t-elle.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *