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Iran: Interdiction de commémorer des prisonniers exécutés

Les familles de prisonniers politiques exécutés lors du massacre de l’été 1988 ont commémoré le souvenir de leurs proches le dernier vendredi de l’année iranienne, le 17 mars 2017, selon la tradition.
L’année iranienne commence le premier jour du printemps, le 20 mars.
Mansoureh Behkish, qui a perdu cinq de ses frères et sœurs et un beau-frère au cours du massacre, écrit au sujet de la cérémonie:« Nous sommes arrivés au cimetière de Khavaran [à Téhéran] à 12 h 30. Les forces de sécurité n’ont pas laissé les familles déposer des fleurs sur le sol, ni même d’arroser et de nettoyer l’endroit. Alors nous avons tous essayé de passer sous les barbelés pour déposer des fleurs en souvenir de nos êtres chers et au nom des mères qui n’avaient pas pu se déplacer. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Historique du massacre

Pendant l’été de 1988, plus de 30 000 prisonniers politiques furent exécutés dans les prisons iraniennes. La vaste majorité était constituée de partisans et de sympathisants de l’Organisation des Modjahedines du peuple d’Iran mais on put aussi dénombrer d’autres victimes tels que des partisans de groupes de gauche.
Saisissant l’opportunité de débarrasser l’Iran de milliers de prisonniers politiques, dont beaucoup étaient en prison depuis 1981, l’Ayatollah Khomeini émit une fatwa et prononça les mots suivants : « Il est décrété que tous les prisonniers d’Iran qui demeurent fidèles à leur soutien au Monafeqin (terme péjoratif utilisé par les mollahs pour désigner les membres de l’OMPI) se livrent à une guerre contre Dieu et sont condamnés à la peine capitale.»
Des Comités de la Mort furent créés. Ils étaient constitués d’un juge religieux, d’un agent des renseignements et d’un procureur de la république et demandaient simplement aux prisonniers s’ils demeuraient fidèles à leur soutien aux Modjahedines. Un ancien employé de la prison d’Evin, Kamal Afkhami Ardekani présenté aux Nations Unies en qualité de témoin, déclara : « Ils alignaient les prisonniers dans une salle de 14 mètres sur cinq située dans le bâtiment de bureaux et leur posaient une seule question, « Quelle est votre appartenance politique? » Ceux qui répondaient les Modjahedines étaient pendus à des grues stationnées sur le parking à l’arrière du bâtiment. »
En mars 1989, le journal français Le Monde rapporta : « l’Imam Khomeini a convoqué le Procureur révolutionnaire, Hojjatol-Islam Khoeiniha, pour l’informer que dorénavant tous les Modjahedines, qu’ils se trouvent en prison ou ailleurs, devront être tués en raison de leur guerre menée contre Dieu. Les exécutions étaient précédées de procès arbitraires. Le procès consistait à faire pression de différentes manières sur les prisonniers afin qu’ils se repentissent, qu’ils modifient leurs habitudes et qu’ils se confessent. On fait état de l’exécution de jeunes Modjahedines, y compris ceux qui avaient été incarcérés huit ans auparavant, alors qu’ils étaient âgés de 12 à 14 ans, pour avoir participé à des manifestations publiques. »
Dans une lettre adressée à son fils Ahmad, Khomeini déclara : « Anéantir les ennemis de l’Islam immédiatement ». D’après la déposition d’Ardekani, « Le processus a continué encore et encore, sans interruption ». En deux semaines, plus de 8 000 prisonniers politiques furent exécutés, enterrés en secret dans des tombes collectives à travers l’Iran.
Selon Amnesty International, « Les ordres d’exécutions provenaient des plus hauts sommets de l’état iranien et étaient supposés affronter un danger pressenti provenant des groupes d’opposition armés, en particulier les Modjahedines du Peuple d’Iran et l’organisation Fedayan-e Khalq. Amnesty International pense que ces exécutions constituent un crime contre l’humanité.»

Photo d’archive: Familles des exécutés se rassemblent sur des fosses communes au cimetière de Khavaran à Téhéran

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