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Iran : ne nous trompons pas de combat (Cynthia Fleury)

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cynthia-fleuryLa philosophe française Cynthia Fleury intervenait au début du mois à La Mutualité sur le combat des femmes iraniennes. Voici les points forts de son intervention:

“Nous sommes de nouveau ensemble pour une triste nouvelle. La mort de 7 personnes et des dizaines de blessés, lors d’une dernière attaque à l’encontre du camp Liberty. Alors que nous devrions tous, ONU en tête, nous presser de protéger les ressortissants de Liberty comme les textes du droits international nous enjoignent, nous voilà encore pris au piège du dénigrement, alibi parfait pour laisser mourir ceux qui survivent encore.

Que reproche-t-on à l’organisation des moudjahidine du peuple ? D’être encore en vie après tant de bataille ? On aime à taire leur résistance à des décennies de dictature, celle du chah, celle de Khomeiny, celle des mollahs actuels. Peu de peuple peuvent s’enorgueillir d’une telle continuité de résistance.

Mais non, aux yeux de leurs adversaires, tout ce combat ne vaut rien.  On dit que leur souhait de la démocratie est vain, qu’il trahit un concept creux. C’est faire bien peu de cas de la performativité de la parole en démocratie. Clamer partout au péril de sa vie, dans le monde entier, dans les milieux politiques, dans les milieux universitaires, associatifs que l’on exige l’égalité entre les hommes et les femmes, un régime laïc, la dénucléarisation de l’Iran, l’abrogation de la loi sur le voile obligatoire, la part égale dans la direction publique des affaires, c’est bien simple : il n’y a jamais eu texte plus subversif que ce type de texte là.

Je le redis encore, ne nous trompons pas de combat. A tous ceux qui s’interrogent sur la légitimité des Moudjahidine, je leur dis : ne vous trompez pas de combat. Quelles sont aujourd’hui les lois en vigueur en Iran qui détruisent les femmes, leurs droits, leurs dignité, leur vie ? Ces lois sont-elles celles des Moudjahidine ou sont-elles celles des mollahs ? Ce sont celles des mollahs ! La femme est entièrement subordonnée à l’homme, et je ne cite là que quelques exemples :

Article 1117 du code civil : l’époux peut empêcher sa femme d’exercer une profession ou une activité qui va à l’encontre des intérêts de la famille ou de l’honneur de l’époux ou de l’épouse.

Article 630 du code pénal : l’époux peut tuer son épouse si celle-ci a eu des relations sexuelles avec un autre homme, dans ce cas le meurtrier sera acquitté.

Les Moudjahidine du peuple ont-ils le pouvoir d’amener la démocratie en Iran ? Nous sommes réunies précisément aujourd’hui pour les accompagner à faire advenir la démocratie en Iran. Tous les mouvements de résistance iraniens et étrangers sont les bienvenus dans ce combat qui est si terrible. Jamais, jamais les Moudjahidine du peuple n’ont revendiqué le monopole de la résistance iranienne à l’intégrisme religieux. Et personne ne peut nier leur incessant combat pour un Iran libre, égalitaire, pluraliste et laïc.

Aujourd’hui, pendant que l’on palabre sur la légitimité ou non des Moudjahidine du peuple à revendiquer leur résistance, pendant que chacun se contente de faire de la controverse, ce sont des hommes et des femmes qui, à Liberty, sont attaqués par des groupes terroristes. Ils perdent leur vie, voire leurs membres amputés quand ils parviennent à échapper à la mort.

Le régime irakien lui-même vient de se déclarer incompétent, pour pouvoir les protéger. Cela fait plus de 10 ans que les armes ont été déposées et que l’internationalisation de la question d’Achraf a commencé.

Qu’attend-on ? Que les Moudjahidine perdent l’usage de leur parole libre ?   Nous célébrons la journée des femmes et nous sommes là pour dire aux habitants d’Achraf et à ceux qui ont été déplacés dans des conditions misérables et iniques à Liberty, que nous soutenons leur combat et que nous savons, nous, qu’ils payent le prix fort de leur amour de la liberté.

Martin Kobler, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Irak a refusé de se rendre à Liberty après l’attaque du 9 février, je cite « en raison de risque de sécurité et la présence de roquettes non explosées ». Quand il s’agit de sa sécurité personnelle, il sait visiblement retrouver toute sa lucidité. Nous demandons aujourd’hui sa démission et la protection immédiate des résidents de Liberty et s’il le faut, leur retour à Achraf.”

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