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Iran sous le choc d’enregistrements audio sur le massacre des prisonniers politiques

montazeri+khomeini
Montazeri et Khomeiny à Téhéran, 1979, après la chute du régime du Chah

La publication d’une bande audio choquante d’une rencontre d’il y a 28 ans – le
15 août 1988- entre Hosseinali Montazeri (le Dauphin de Khomeiny, fondateur de
la République islamique d’Iran à l’époque) avec les membres d’une commission
appelée “Commission de la mort », lève le voile sur de nouvelles dimensions de
l’ampleur du massacre des prisonniers politiques en 1988.

La bande a été publiée, brièvement et pendant pas plus d’une journée sur le
siteweb de Montazeri maintenu par son fils à Qom, ville sainte des mollahs,
avant d’être retirée sur commandes du Ministère des Renseignement ainsi que le
cabinet du Guide suprême, Ali Khamenei.

Dans la bande audio, enregisté le 15 août 1988, Montazeri, qui a ensuite été
destitué pour ses propos, de sa position d’héritier par Khomeiny en personne,
déclare aux membres de la « commission de la mort » – Hossein-Ali Nayeri, le
juge de la charia, Morteza Eshraghi, le procureur, Ebrahim Raïssi, procureur
adjoint, et Mostafa Pour-Mohammadi, représentant du ministère des Renseignements
et de la Sécurité (VEVAK)- que « le plus grand crime commis sous le règne de la
République islamique, pour laquelle l’histoire nous condamnera, a été commis par
vous. Vos noms seront gravé à l’avenir dans les annales de l’histoire comme des
criminels ». Il ajoute : « Alors qu’aucune nouvelles activités n’a eu lieu (de
la part de ces prisonniers), les exécuter signifie (…) que l’ensemble de notre
appareil judiciaire est l’ensemble du système judiciaire a agis dans l’erreur. »

Le fait que les membres de ladite commission de la mort sont aujourd’hui aux
plus hautes échélons du pouvoir en Iran reste étonant: Mostafa Pour-Mohammadi
est actuellement le ministre de la Justice dans le gouvernement d’Hassan Rohani
et Hossein-Ali Nayeri est l’actuel chef de la Cour suprême pour statuer sur les
juges. Ebrahim Raïssi était le procureur du régime jusqu’à il y a quelques mois
et a été nommé récemment par le Guide suprême Ali Khamenei à la tête de la
fondation Astane-Ghods Razavi, qui est l’une des plus puissants conglomérats
politiques et économiques du régime des mollahs. Il s’approprie des fonds
publics afin de soutenir financièrement certains actes de répression et
l’exportation du terrorisme, y compris les fonds dépensés pour la guerre en
Syrie.

Cet acte sans précédent de la part du siteweb de Montazeri est d’autant plus
important que cette année, à l’anniversaire du massacre, une vaste campagne est
organisé actuellement par l’opposition dans plusieurs pays exigeant aux
instances internationales de traduire devant la justice des responsables du
massacres,pour avoir commis des crimes contre l’humanité. Des manifestations, des expositions et des conférences se multiplient sur le sujet. Une exposition est tenue pendant deux jours à la mairie du 2ème arrondissement de Paris.

Terrifié par les conséquences de ce crime horrible, Pour-Mohammadi a récemment
nié son appartenance à la « commission de la mort » et a prétendu n’avoir joué
aucun rôle dans le massacre de 1988.

Certaines parties des propos enregistré de Montazeri sont particulièrement
choquants. Il affirme par exemple: « Quelqu’un était en prison. Ils ont dit que
sa sœur a également été accusée. Donc, ils sont allés chercher sa sœur. Ils ont
exécuté l’homme. Sa sœur avait été emprisonnée pendant deux jours seulement.
Elle avait seulement 15 ans. Ils ont demandé à sa sœur : que dites-vous ? Elle a
affirmé qu’elle aimait ces gens. Ils ont déclaré qu’étant donné que son frère
avait été exécuté, elle devait l’être aussi. »

Dans un autre cas Montazeri a affirmé : « À Ispahan, une femme enceinte se
trouvait parmi eux [ceux massacrés]. À Ispahan ils ont exécuté une femme
enceinte. » Il ajoute que dans la jurisprudence religieuse (le Fegh) : « il ne
faut pas exécuter une femme, même si elle est une mohareb (ennemi de Dieu). J’ai
rappelé cela à [Khomeiny], mais il a affirmé qu’elles devraient être exécutée. »

khavaran (2)
Familles des exécutés se rassemblant sur des fosses communes au cimetière de Khavaran à Téhéran, où nombre des massacrés sont enterrés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Historique du massacre de 1988

Pendant l’été de 1988, plus de 30 000 prisonniers politiques furent exécutés dans les prisons iraniennes. La vaste majorité était constituée de partisans et de sympathisants de l’Organisation des Modjahedines du peuple d’Iran mais on put aussi dénombrer d’autres victimes tels que des partisans de groupes de gauche.
Saisissant l’opportunité de débarrasser l’Iran de milliers de prisonniers politiques, dont beaucoup étaient en prison depuis 1981, l’Ayatollah Khomeini émit une fatwa et prononça les mots suivants : « Il est décrété que tous les prisonniers d’Iran qui demeurent fidèles à leur soutien au Monafeqin (terme péjoratif utilisé par les mollahs pour désigner les membres de l’OMPI) se livrent à une guerre contre Dieu et sont condamnés à la peine capitale.»
Des Comités de la Mort furent créés. Ils étaient constitués d’un juge religieux, d’un agent des renseignements et d’un procureur de la république et demandaient simplement aux prisonniers s’ils demeuraient fidèles à leur soutien aux Modjahedines. Un ancien employé de la prison d’Evin, Kamal Afkhami Ardekani présenté aux Nations Unies en qualité de témoin, déclara : « Ils alignaient les prisonniers dans une salle de 14 mètres sur cinq située dans le bâtiment de bureaux et leur posaient une seule question, « Quelle est votre appartenance politique? » Ceux qui répondaient les Modjahedines étaient pendus à des grues stationnées sur le parking à l’arrière du bâtiment. »
En mars 1989, le journal français Le Monde rapporta : « l’Imam Khomeini a convoqué le Procureur révolutionnaire, Hojjatol-Islam Khoeiniha, pour l’informer que dorénavant tous les Modjahedines, qu’ils se trouvent en prison ou ailleurs, devront être tués en raison de leur guerre menée contre Dieu. Les exécutions étaient précédées de procès arbitraires. Le procès consistait à faire pression de différentes manières sur les prisonniers afin qu’ils se repentissent, qu’ils modifient leurs habitudes et qu’ils se confessent. On fait état de l’exécution de jeunes Modjahedines, y compris ceux qui avaient été incarcérés huit ans auparavant, alors qu’ils étaient âgés de 12 à 14 ans, pour avoir participé à des manifestations publiques. »
Dans une lettre adressée à son fils Ahmad, Khomeini déclara : « Anéantir les ennemis de l’Islam immédiatement ». D’après la déposition d’Ardekani, « Le processus a continué encore et encore, sans interruption ». En deux semaines, plus de 8 000 prisonniers politiques furent exécutés, enterrés en secret dans des tombes collectives à travers l’Iran.
Selon Amnesty International, « Les ordres d’exécutions provenaient des plus hauts sommets de l’état iranien et étaient supposés affronter un danger pressenti provenant des groupes d’opposition armés, en particulier les Modjahedines du Peuple d’Iran et l’organisation Fedayan-e Khalq. Amnesty International pense que ces exécutions constituent un crime contre l’humanité.»
Comme le spécifie l’un des rares prisonniers politiques à avoir survécu au massacre de 1988 : « La communauté internationale à ce jour siège toujours en compagnie des instigateurs de ce massacre, qui occupent des postes clé au sein du gouvernement de Téhéran. C’est une honte. »
Dans les faits, le Ministre de la Justice du président Rouhani, M. Mostafa Pourmohammadi, est un ancien membre des Comités de la mort de 1988. En sa qualité de représentant du Ministère du Renseignement, il était l’un des membres des comités tripartites qui ont supervisé et permis l’exécution de dizaines de milliers de prisonniers politiques au cours de l’été 1988. Ebrahim Reissi, actuellement chef adjoint du système judiciaire fut aussi étroitement impliqué dans le massacre de 1988.
L’organisation Human Rights Watch, en citant les mémoires de l’Ayatollah Montazeri, écrit : « L’Ayatollah Montazeri a présenté Mustafa Pour-Mohammadi comme le représentant du Ministère de l’Information chargé d’interroger les prisonniers de la prison Evin et le considère comme l’une des figures centrales des exécutions de masse de prisonniers qui se sont déroulées à Téhéran. Il relate une rencontre avec Pour-Mohammadi et les deux autres membres du Comité de la prison Evin. »70 Le rapport continue en disant : « l’Ayatollah Montazeri, en citant des personnages officiels chargés d’effectuer les exécutions, place le nombre de prisonniers exécutés entre 2 800 et 3 800, mais il reconnaît que ses souvenirs ne sont pas précis. »71 Montazeri écrit aussi : « D’après les personnes chargées d’exécuter les ordres de [l’ Ayatollah Khomeini], environ deux mille huit cents ou trois mille huit cents – je ne me souviens pas exactement – hommes et femmes furent exécutés. »
L’importance de ce massacre et sa résonance avec l’histoire actuelle de l’Iran résident dans le fait que « ces atrocités ont toujours lieu aujourd’hui », comme le souligne Mohammad Mohaddessin, président du Comité des Affaires Étrangères du Conseil National de la Résistance.
L’historique des exécutions depuis la création de la République islamique d’Iran montre que la peine de mort, les exécutions arbitraires et extrajudiciaires en Iran constituent un moyen institutionnalisé de gouvernance et représentent le mode opératoire du régime iranien. Par conséquent, les discours tenus par les modérés et les partisans de la ligne dure sont complètement futiles et ne servent qu’à cacher la réalité d’un régime perfide qui dirige l’Iran d’une main de fer.

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