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Le lâchage du camp d’Achraf

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Propos recueillis par FREDERIC PONS

Valeurs Actuelles, 24 novembre Irak Téhéran demande la destruction de cet avant-poste de l’opposition iranienne sur le sol irakien. Un ancien chef d’état-major américain assure qu’un carnage se prépare. Créé en Irak il y a vingt cinq ans par les Moudjahidine du peuple (OMPI, l’opposition iranienne), le camp d’Achraf, à 120 kilomètres de la frontière avec l’Iran, regroupe environ 3500 opposants iraniens. Il fut placé sous la protection des Américains entre 2003 et janvier 2009 mais, depuis cette date, sa sécurité n’est plus assurée que par le gouvernement irakien, ami et allié de la République islamique d’Iran.

Téhéran réclame à Bagdad la fermeture du site et la dispersion de ses habitants. Au besoin par la force. Le camp a déjà subi deux attaques meurtrières, en octobre 2010 et en avril dernier, faisant des centaines de victimes (dont 52 tués). Achraf est de nouveau menacé de fermeture à la fin de l’année. L’aggravation de la situation humanitaire sur place a émule général américain Hugh Shelton, ancien chef d’état-major des armées (1997-2001). Indigné par ce lâchage, en dépit des promesses faites, ce soldat estime que son pays porte une part de responsabilité dans la situation. Dans cet entretien avec Valeurs actuelles, il dénonce une « tragédie humanitaire ».

 

Que redoutez-vous ? Le gouvernement irakien annonce qu’il fermera le camp d’Achraf d’ici au 31 décembre. Comme ce camp a déjà été attaqué à deux reprises, cette date butoir semble une excuse pour un nouveau massacre, de plus grande dimension. Les Etats-Unis ne peuvent pas rester inertes.

Pourquoi ? Mon pays a engagé son honneur et sa crédibilité en promettant la sécurité à Achraf, en échange de son désarmement, en 2003. Le camp a volontairement accepté de se désarmer. En retour, les Etats-Unis ont garanti leur protection, par écrit, à chacun des habitants. Nous avons ensuite transféré cette protection aux Irakiens en 2009, malgré les objections de l’OMPI et les intentions de Bagdad. Nous ne pouvons pas détourner le regard et dire que ce n’est pas notre responsabilité.

Quel est le statut des habitants d’Achraf ? Ce sont des “personnes protégées”, en vertu de la 4e  convention de Genève. Ce qui signifie que toute attaque contre eux relève du crime de guerre. Les gens d’Achraf ont tenu leurs promesses. Nous devons faire de même. C’est une question internationale qui interdit de rester les bras croisés car nous savons que le régime iranien n’aura aucun répit tant que les habitants d’Achraf n’auront pas été exterminés. Ils sont sa principale opposition et la seule possibilité pratique pour le peuple iranien de déloger des mollahs. Achraf est leur cible principale.

Pourquoi les Etats-Unis avaient-ils pris le risque de désarmer Achraf ? Les résidents ne nous avaient pas combattus. Leur combat ne se situait pas en Irak, ni contre l’Irak. Possédant de bonnes sources en Iran même, l’OMPI a fourni à la communauté internationale des informations importantes sur le programme nucléaire iranien et sur les activités terroristes des agents de Téhéran en Irak.

Quel est le lien de l’Iran avec l’Irak ? Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a séjourné en Iran avant le renversement du régime de Saddam Hussein. Lui et plusieurs de ses ministres maintiennent des liens étroits avec Téhéran. Le soutien du régime iranien à Maliki lui a permis de conserver le pouvoir à Bagdad, même après avoir perdu les élections. Pour sauver son poste, il a besoin de donner des gages, jusqu’à la destruction d’Achraf.

Quelles solutions voyez-vous ? Les Etats-Unis doivent radier immédiatement l’OMPI de leur liste des organisations terroristes, ce qu’elle n’est pas. Cela aurait dû se faire depuis longtemps. C’est une faute légale et morale. Une équipe d’observateurs permanents de l’Onu doit être installée à Achraf, avec des casques bleus, pour prévenir toute nouvelle attaque, jusqu’à ce que le HCR puisse réinstaller les résidents dans des pays tiers.

Et face à l’Irak ? Il faut obliger les autorités irakiennes à annuler la date butoir du 31 décembre. Elle est impraticable et ne résout aucun problème. Elle ajoute aux tensions et va conduire à un autre massacre.

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