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Les élections en Iran : un théâtre de marionnettes déjà vu

Par Mohammad Maleki, il fut recteur de l’Université de Téhéran après la Révolution de 1979, il est un célèbre dissident iranien. Il vit en Iran et est souvent l’objet de pressions et d’arrestations. Sa tribune percutante sur les

MOHAMMAD MALEKI, ANCIEN RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE TÉHÉRAN
MOHAMMAD MALEKI, ANCIEN RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE TÉHÉRAN

élections du 26 février en Iran circule largement sur les réseaux sociaux en Iran.

Cet article est dédié à ceux qui depuis de nombreux années rêvent la tenue d’élections libres et démocratiques en Iran.

Le théâtre de marionnettes est un spectacle pour divertir des spectateurs. Au-dessus de la scène de ce théâtre, il y a un marionnettiste qui fait bouger des figurines et qui imite différentes voix pour raconter des histoires. Le spectateur a l’illusion que les figurines bougent et parlent. Mais en réalité, c’est le marionnettiste qui fait tout et décide de tout.

Dans le régime vélayat-e-faghih [suprématie du Guide suprême], les choses se passent exactement de la même manière que dans un théâtre de marionnettes. C’est le Guide suprême qui fait bouger à sa guise les personnages et décide de ce que tel marionnette doit dire ou ne pas dire.

Durant les 37 dernières années, nous avons eu de nombreuses « élections » en Iran. Les marionnettes ont changé, mais les marionnettistes sont les mêmes. M. Khomeiny en son temps, et maintenant M. Khamenei.

A chaque époque, le marionnettiste a modifié ses méthodes de travail pour berner les gens et pour attirer davantage de personnes vers le lieu du spectacle. Etant donné mon âge avancé, j’ai vécu de nombreuses élections, à l’époque du Chah, comme à l’époque des mollahs. Sous l’ancien régime, malgré le fait que de temps en temps quelques personnalités de l’opposition – comme le Dr Mohammad Mossadegh ou Allahyar Saleh – parvenaient à entrer au parlement, les élections étaient souvent entachées par des mensonges et des fraudes.

A l’époque du Chah, la plupart de ceux qui entraient au parlement ou au sénat étaient des gens qui se disaient fiers d’être le valet et le serviteur du Chah. A cette époque-là, la plupart des soi-disant élus étaient des courtisans, des grands propriétaires terriens et des mercenaires du régime.

Après le changement de régime, seulement dans les premières élections, quelques dissidents ont pu exceptionnellement entrer au parlement, car M. Khomeiny et ses acolytes n’avaient pas encore installé leur mainmise sur toutes les affaires du pays. Mais par la suite, la quasi-totalité de ceux qui sont entrés dans les deux chambres du parlement étaient des membres du « Parti de la République islamique » et des personnes liées aux mollahs.

Après des massacres politiques massives dans les années 1980, les Iraniens ont compris quelle était la nature de ce régime et le spectacle des élections n’attirait guère personne. A titre d’exemple, selon les chiffres officiels, lors de la première élection de Khamenei (à la présidence de la République), 16.8 million de votes lui ont été attribués, alors que lors de sa deuxième élection, seulement 12 millions de votes lui ont été attribués. De même, lors de la première élection de Rafsandjani (à la présidence), 15 million de votes lui ont été attribués, alors que lors de sa deuxième élection, seulement 10 millions de votes lui ont été attribués.

Le désintérêt du peuple pour les élections dans le cadre de ce régime a provoqué une grande inquiétude chez les mollahs et ces derniers ont donc mis en scène un nouveau scénario. Ils ont prétendu qu’au sein du régime, il y a deux factions rivales, celle des partisans fervents du guide suprême et celle des partisans de réformes. Pour exprimer leur aversion envers le guide suprême, une partie des gens ont été tentés de voter en faveur des soi-disant partisans de réformes. C’est ainsi que Khatami a pu obtenir un certains nombre de voix et arriver à la présidence. Depuis cette époque-là et jusqu’à maintenant, ce scénario a été répété sous des formes plus ou moins différentes.

Prochainement, nous allons assister à un nouveau théâtre de marionnettes. Le jeu se répète. Deux factions qui sont toutes les deux issus d’un même système entrent en scène. Avec des promesses vides et fallacieuses, ils tentent de berner les gens pour les attirer vers le spectacle électoral. Mais le peuple est de plus en plus vigilant et ne se laisse plus berner. Le commandant des pasdaran a publiquement avoué que « l’ingénierie » des élections présidentielles en 2009 a été assumée par les pasdaran. Dans une telle situation, peu-on encore parler d’élections ? Il convient de rappeler que même la partie soi-disant élue du régime ne faire strictement rien contre la faction du Guide suprême.

A titre d’exemple, dans son discours daté du 9 février 2016, M. Rohani a déclaré : « Nous sommes confrontés à des problèmes de corruption et de monopole. Il y a une entité que je ne veux pas nommer ici. Cette entité importe des produits de contrebande et empêche le développement des industries à l’intérieur du pays. » Rohani fait ici allusion à quelle entité ? Cette entité est-elle autre que le Corps des Gardiens de la révolution (les Pasdaran) ? Pourquoi M. Rohani qui est le président de ce régime n’ose même pas prononcer le nom de cette entité ? Dans un tel contexte, le président du régime aura-t-il la capacité d’empêcher les agissements et les ingérences des pasdaran ? Je ne le pense pas.

Je ne participerai pas à des élections où tous les candidats sont sélectionnés par le Guide suprême. Certains individus affirmant que « participer à des élections est un pas vers la démocratie ». Je voudrais demander à ces individus : Vous qui avez participé à tant d’élections pendant les 37 dernières années, combiens vous êtes-vous rapprochés de la liberté ? Ces scrutions ont-ils été des élections libres et irréprochables ou ont-ils été des nominations déguisées en élections ?

Ne nous laissons pas berner et ne participons pas à un jeu qui ne fera que prolonger la règne des mollahs. Les partisans de ce régime essayent de répandre cette idée que la vie politique en Iran se résume à des débats entre la faction fondamentaliste et la faction soi-disant réformatrice de ce régime. Dire une telle chose est une insulte à l’intelligence du peuple iranien. Les autres qui ne se reconnaissent dans aucune de ces deux factions internes du régime ne font-ils pas partie du peuple iranien ? La grande majorité des Iraniens sont indifférents vis-à-vis de cette mascarade électorale et ne veulent pas participer à ce spectacle de marionnette. Cette majorité n’a pas le droit de vous critiquer ? Voulez-vous éliminer de la scène cette majorité, en la calomniant ? Arrêtez !

Peu à peu, le peuple trouvera son chemin, organisera des élections libres et mettra fin au règne des mollahs. Un jour les oppresseurs et les usurpateurs quitteront la scène et céderont la place à des représentants du peuple issus des élections libres et démocratiques. Ce jour n’est pas loin.

Mohammad Maleki

Téhéran – Février 2016

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