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Les esthéticiennes de Bab Marrakech

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Mariam, la sénégalaise, ne pensait pas du tout que son séjour au Maroc se solderait par une activité plus au moins insolite.

Mariam, la sénégalaise, ne pensait pas du tout que son séjour au Maroc se solderait par une activité plus au moins insolite. Elle, qui avait suivi à Dakar des études universitaires en burtimthumbeautique et gestion administrative s’est convertie une fois sur le sol marocain en « coiffeuse- esthéticienne ». Pas n’importe la quelle: «une spécialiste en plein air». A Casablanca, elles sont aujourd’hui une dizaine de subsahariennes à tenir boutique sur l’esplanade de Bab Marrakech où elles offrent des prestations esthétiques à des prix accessibles. Sénégalaises, Ivoiriennes ou Guinéennes, ces esthéticiennes coiffeuses font aujourd’hhui partie du décor de l’une des artères les plus emblématiques de la ville. Elles se sont toutes assemblées comme dans une espèce de coopératives improvisée pour gagner leur vie autrement, subvenir à leurs besoins loin de la mendicité qui sévit dans les rangs des ressortissants subsahariens et de la précarité qui les a fait fuir leurs pays.

ce type de services en plein air, bon marché de surcroît semble avoir la côte auprès des Casablancais qui se sont habitués à ces séances de beauté en publique. « Personnellement je ne trouve aucun inconvénient à ce que ces jeunes filles exercent leur métier même à ciel découvert. C’est un gagne-pain comme tout autre activité licite », explique Ahmed, un sexagénaire qui habite dans le quartier pas loin des bazars. Côté femmes, les interprétations sont différentes: «Il faut être vraiment audacieuse pour accepter que l’on prenne soin de vous devant tout le monde. Personnellement je ne serai pas à l’aise, d’autant plus que je suis convaincue que tous les matériaux utilisés manquent d’hygiène », souligne une jeune casablancaise, habituée des salons huppées.

Si certaines sont réticentes, d’autres ont pris goût et sont de plus en plus adeptes de ses soins pas chers, qui se déroulent dans la joie et la bonne humeur. Surtout que les Subsahariennes sont connues pour être haut en couleurs, assez volubiles et très rigolotes. C’est le cas de Ibtissam qui, lors de notre reportage, était en train de se faire une extension de cils. «Ce n’est pas la première fois que je viens ici. Pour 200 dirhams je profite de mon extension qui peut durer jusqu’à 3 mois ».
Meriam le confirme. Choisie par son groupe pour être notre interlocutrice, la jeune sénégalaise nous explique: « Notre crédibilité a fait de nous une adresse prisée à Casablanca. Nous avons passé en moyenne trois ans dans cet espace adoré par les Casablancais. Tout d’abord c’est le centre-ville, c’est un quartier populaire qui connait une forte affluence des touristes».

Pour mieux gérer leur activités, des cartes visites ont été conçues, question d’y mettre une touche de professionnalisme. Sur la carte on peut bien repérer le nom du pseudo salon ainsi que des prestations fournies. « Nous avons commencé par les tresses africaines, et comme notre clientèle s’est élargie nous avons étendu notre palette d’offres à la pose de faux angles et aux extension de cils », précise Meriam, en chef de projet, très ambitieuse. « Les tarifs varie selon la prestation choisie, explique Meriem. Cela oscille entre 200 et 500 dirhams. Nous offrons également des services à domicile pour celles qui n’osent pas se présenter là où nous travaillons ». Avec Ramadan, Meriam et ses collègues restent optimistes. « Certes, Ramadan est une période creuse pour nous. Mais nous gardons tout de même espoir. La vie n’est toujours pas rose pour nous. Des jours, on gagne jusqu’à 500 dirhams par personne, d’autres rien. On s’est habituée aux imprévus». Quant à la perception des Casablancais de ce nouveau style de travail , pignon sur rue, sans magasin, mais à même le sol, dans un salon improvisé de toutes pièces, Mariam témoigne: « Les Casablancais sont des gens accueillants. C’est d’ailleurs ce qui nous a encouragées à venir nous installer ici. Nous sommes rentrées de façon régulière au Maroc et nous travaillons sans aucune gêne ni des Casablancais ni des autorités. On se plait bien ici». Tant mieux et les Casablancaises en redemandent pour se faire une beauté, soigner leurs looks et être dans l’air du temps. Coiffeuses dans la rue, un métier comme un autre, dans une ville cosmopolite où chacun peut trouver un moyen digne de gagner sa vie.

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