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Les mères isolées en Iran luttent pour du pain

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Un aspect de la féminisation de la pauvreté se reflète dans la situation des mères isolées. Pendant la pandémie, elles forment l’un des secteurs les plus pauvres de la société.

Les mères isolées en Iran luttent pour du pain

Le coronavirus a rendu la vie plus difficile aux mères isolées et les expose à de multiples risques. Ces femmes se sont enfoncées encore plus profondément dans la pauvreté qu’avant l’épidémie de Covid-19.

Les femmes qui sont normalement très angoissées et qui ont des problèmes financiers et psychologiques sont maintenant dans une situation économique désastreuse à cause de l’épidémie de coronavirus.  L’une de leurs principales craintes est de se retrouver sans emploi.

Parmi les manifestations de la féminisation de la pauvreté, on trouve ce secteur de la société actuelle en Iran. Les femmes n’ont pas d’économies pour subvenir à leurs besoins dans des moments difficiles.

Beaucoup de ces femmes, surtout dans les régions éloignées, sont gravement appauvries en raison de la perte de leur seule source de revenus et du manque de soutien de l’Etat. La majorité d’entre elles vivent dans des conditions inférieures à la norme parce qu’elles occupent des emplois non assurés et à faible revenu. L’absence totale de sécurité sociale ou de soutien économique entraîne de nombreux préjudices sociaux.

Des femmes travaillant dans des entreprises et des ateliers clandestins ont été licenciées ou mises à pied. Celles qui avaient des entreprises à domicile sont également confrontées à un effondrement des commandes. Ces femmes doivent risquer leur santé pour assurer leur survie et celle de leur famille. Ces femmes se rendent dans des zones à haut risque pour y travailler afin de pouvoir revenir la nuit avec de quoi vivre. Outre le coût des produits de première nécessité, elles doivent aussi gagner suffisamment d’argent pour payer leur loyer.

Maryam Sadat Mirmalek-Thani, directrice générale du Bureau de soutien et d’autonomisation du ministère du Travail, a commenté l’augmentation du nombre de mères isolées au cours de la dernière décennie, en déclarant : “C’est un problème social“.

« En 2018, 33,4% des femmes chefs de famille dans les zones urbaines sont devenues les plus pauvres », a-t-elle ajouté (Agence ISNA – 11 octobre 2020).

Les mères isolées sont parmi les plus vulnérables

Les mères isolées sont parmi les plus vulnérables

Les femmes célibataires chefs de famille font partie des segments les plus vulnérables de la société. Elles sont confrontées à davantage d’obstacles à la croissance et au développement que les hommes. Elles ont moins accès aux ressources et aux équipements. Elles doivent lutter davantage pour gagner leur vie, par rapport aux hommes qui occupent des emplois dans le secteur du travail et des services et dont les revenus sont plus faibles. Ces femmes chefs de famille ne sont pas assurées, et le droit du travail en Iran ne s’applique pas à elles.

Les femmes travaillent plus d’heures dans la journée, mais leurs salaires ne correspondent pas aux conditions économiques et de vie actuelles. Ces femmes doivent travailler à la fois à l’extérieur et à l’intérieur du foyer (Agence de presse gouvernementale ISNA – 9 septembre 2020).

Le piège de la pauvreté

Les mères isolées font souvent partie des membres les plus pauvres de la société. La structure familiale provoque un phénomène connu sous le nom de “piège de la pauvreté”, selon lequel les enfants doivent quitter l’école tôt pour chercher du travail ou pour gérer les tâches quotidiennes de la famille, tandis que la mère travaille à l’extérieur du foyer. Les longues absences de la mère du foyer, ainsi que la pauvreté institutionnalisée, ont des effets irréversibles sur les enfants. Ce cycle de privation et le manque de soutien du gouvernement créent un piège de pauvreté pour les mères isolées et leurs enfants (Javan, 30 septembre 2020).

Chiffres sur les mères isolées

Chiffres sur les mères isolées

Selon les sources officielles, le nombre de mères isolées est estimé à 4 millions (Sobh-e Iran, 16 septembre 2020).

Auparavant, Tayebeh Siavoshi, ancienne députée du régime, avait annoncé que ce nombre était d’environ 5 millions (Agence ICANA, 7 août 2017).

Le nombre de mères isolées en Iran a augmenté de 58 % ces dix dernières années, par rapport aux ménages dirigés par des hommes. Le nombre de mères isolées augmente de 6 % par an (Jahan-e Sanat, 21 septembre 2020).

Parmi les femmes chefs de famille, 82% sont au chômage et vivent sous le seuil de pauvreté. Seul un petit nombre de ces femmes sont prises en charge par l’organisme de protection sociale et reçoivent un petit montant de 70 000 tomans par mois (Agence IRNA, 22 novembre 2015).

L’âge des mères isolés est tombé à 14 ans et est devenu un problème de société majeur. Les mariages forcés, le mariage des filles de moins de 18 ans et – tragiquement – les divorces de mineurs sont les principales raisons de ce problème dans la société iranienne. Le Centre de statistiques d’Iran a rapporté qu’environ 5,1 millions de femmes sont veuves ou divorcées (Jahan-e Sanat, 21 septembre 2020).

Aperçu de la vie des mères isolées

Aperçu de la vie des mères isolées

Voici de brefs exemples de la douleur et de la souffrance des femmes qui jouent le rôle de mère et de père :

« Zahra a une petite fille qui doit aller en troisième année d’école primaire cette année. En raison du coronavirus et de la peur d’être infectée, Zahra est restée à la maison pendant quelques mois et lutte pour gagner 1 million ou 1,5 million de tomans par mois. De ce montant, elle loue une maison pour 800 000 tomans. Elle n’a plus l’argent nécessaire pour protéger sa fille contre le coronavirus. Zahra a exprimé les souffrances qu’elle voit à cause des dirigeants du gouvernement : “Ils vivent eux-mêmes dans les quartiers de Velenjak, Pasdaran et Zafaraniyeh (les quartiers chics de Téhéran) et leurs enfants vont dans les meilleures écoles privées du pays, mais ils ne pensent pas que nous devons envoyer nos enfants dans des écoles surpeuplées et à haut risque à Islamshahr ! Si mon seul enfant est infecté par le coronavirus, qui sera responsable ? (Baharnews.ir – 27 juillet 2020)

Les enfants des mères isolées n’ont pas accès à la plateforme éducative virtuelle SHAD en Iran, et les mères ne peuvent pas se permettre les masques et gels désinfectants nécessaires à la présence des enfants dans les écoles.

« Assiyeh est une mère isolée avec deux jeunes enfants qui attendent qu’elle rentre à la maison avec un bon salaire. Avant l’épidémie de coronavirus, elle travaillait dans une usine de vêtements dans un sous-sol de Shahriar, un quartier défavorisé. Assiyeh a perdu son emploi lorsque l’usine a fermé à cause du coronavirus. Elle n’a pas d’assurance. Il y a trois ans, son employeur lui a dit que si elle voulait une assurance, l’entreprise la prélèverait sur son salaire. Elle a été obligée de renoncer à l’assurance sinon elle ne pourrait joindre les deux bouts. Assiyeh vend maintenant des masques dans la rue pour subvenir aux besoins de ses deux enfants, une fille de 7 ans et un fils de 9 ans. Ils ne savent toujours pas que leur mère a été licenciée de son travail. »

« Maintenant, tout le monde perd son emploi », a déclaré une autre mère, qui travaille comme femme de ménage. « Si j’ai de la chance, je peux faire le ménage deux ou trois fois par mois. Le reste du temps, je suis au chômage et sans revenus. J’ai une fille de 3 ans. Mon mari est décédé. Il était chauffeur de taxi et n’avait pas d’assurance. »

Une femme d’âge moyen vend des abricots. L’année dernière, elle a travaillé dans une usine de chaussettes. « Nous avons perdu nos emplois à cause des chaussettes chinoises, dit-elle. Nous avons perdu nos emplois parce que le pays importait des chaussettes de Chine », a-t-elle expliqué en parlant de sa vie et de la faillite de l’usine. « J’ai trois enfants. Ma fille aînée a 14 ans. Le comité d’aide nous fournit des subventions, mais ça ne suffit pas pour cinq jours de nourriture avec le coût de la vie actuel. Il faut se battre pour tout ici : les prix, le coronavirus, les agents municipaux, la pauvreté, les problèmes familiaux et mille autres douleurs et problèmes. »

« Je connais des femmes qui ramassent les ordures dans la chaleur de l’après-midi. Elles ne peuvent pas ramasser les ordures au milieu de la nuit, alors elles utilisent la solitude de l’après-midi », a-t-elle poursuivi.

« Dans les poubelles, elles cherchent des objets en plastique ou tout ce qui peut être transformé en argent » (Baharnews.ir, 27 juillet 2020).

Une autre jeune femme s’occupe de sa famille proche et de son frère. Elle a déclaré : « En un an, j’ai perdu mes parents et mon mari. J’ai un enfant. Je peux à peine marcher. À 32 ans, je gagne ma vie en nettoyant des légumes. Chaque organisation à laquelle je m’adresse me dit : “Parce que vous êtes jeune, nous ne pouvons pas vous offrir beaucoup de soutien. Allez trouver un emploi !” Mais comme je suis une femme, il y a beaucoup d’endroits où je ne peux pas travailler. Maintenant, je suis désespérée, vu la situation créée par le coronavirus. » (Salamatnews.com, 13 octobre 2020).

L’augmentation du nombre de femmes célibataires chefs de famille en Iran a atteint des proportions choquantes. Cette situation, qui peut entraîner des problèmes de grande ampleur, devrait être un signal d’alarme pour la société. (Article paru sur https://women.ncr-iran.org/fr)

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