Camp LibertyEn iran

«L’ONU aide à briser les dissidents iraniens»

Posted

L’ancien conseiller de l’envoyé spécial de Ban Ki-moon dénonce à Genève le traitement réservé aux moudjahidines du peuple

 

Tribune de Genève le 28.08.2012 – «Quand j’ai vu où les Irakiens allaient parquer les moudjahidines du peuple iranien, ça m’a immédiatement rappelé le camp de concentration où j’ai vécu enfant, en Algérie, durant la guerre de libération.» Tahar Boumedra est arrivé hier à Genève pour témoigner devant le Groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires, un panel d’experts lié au Conseil des droits de l’homme.

Or, ce n’est pas un militant comme les autres. Jusqu’au 5 mai, date de sa démission, il était justement en charge du bureau des droits de l’homme de l’Unami, la mission d’assistance de l’ONU en Irak. Ex-conseiller de Martin Kobler, l’envoyé spécial de Ban Ki-moon, cet Algérien accuse aujourd’hui son ancien patron de faire le jeu du premier ministre chiite irakien Nouri al-Maliki en évacuant les 3400 dissidents iraniens du camp d’Achraf (où les fameux moudjahidines du peuple avaient trouvé refuge en 1986 du temps de Saddam Hussein) pour les parquer «temporairement» dans le sordide camp Liberty, tout proche de Bagdad et situé en pleine zone militaire.

Des accusations réfutées par l’ONU, qui garde toute confiance dans le travail de l’envoyé spécial Martin Kobler sur la question épineuse de cette organisation iranienne, que les Etats-Unis n’ont toujours pas retirée de leur liste noire des groupes terroristes.

Sur quoi fondez-vous ces accusations gravissimes?

C’est moi qui étais chargé, en décembre, de dire si le camp Liberty était prêt à accueillir les habitants d’Achraf. J’ai jugé que ce lieu n’était pas adapté pour 3400 personnes. Et même pas prêt pour les premiers transferts. Or, mon rapport a été écarté. Et, dans les mois qui ont suivi, j’ai été marginalisé. Mon nom a été retiré des listes de distribution de courriels. Et on m’a interdit de visiter les camps.

Que reprochez-vous vraiment au camp Liberty?

D’abord, il faut bien voir qu’on transfère ces gens d’Achraf, petite ville de 16 km2 avec des infrastructures modernes, vers les dortoirs d’une ancienne base américaine très délabrée. Robinets hors d’usage, douches défectueuses, toilettes en panne, réfectoires infectes… Presque rien n’était en état de fonctionner. En plus, ce camp de 0,6 km2 est entouré de murs hauts de près de 4 mètres et surmontés de caméras pour contrôler les habitants. A l’intérieur, il y a un poste de police irakien et des agents qui patrouillent. A l’extérieur, des postes de surveillance militaire. L’entrée principale est lourdement gardée. Le camp est au cœur d’une zone militaire de 40 km2 abritant les commandements des forces de sécurité, ainsi que l’aéroport. Il faut passer sept barrages pour y accéder. Et il est interdit aux habitants de contacter leurs avocats. Bref, c’est une prison de haute sécurité, pas un lieu de transit pour requérants d’asile. L’ONU a trompé ces gens.

Comment l’ONU a-t-elle menti?

On leur a fait voir des photos des lieux qui semblaient acceptables. Je le sais bien, puisqu’elles ont été choisies parmi les 500 images que nous avions prises.

Pourquoi l’ONU ferait-elle cela? Et quel but caché soupçonnez-vous derrière ce transfert?  

Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, ne tolère la mission de l’ONU que dans la mesure où elle sert ses intérêts. Officiellement, le transfert est censé n’être qu’une étape pour les gens d’Achraf avant de recevoir l’asile dans d’autres pays. Mais cet objectif humanitaire dissimule mal la volonté de briser les moudjahidines du peuple, d’isoler ces dissidents iraniens pour rompre leur discipline. Les autorités irakiennes ont émis 182 mandats d’arrêt, probablement contre les leaders. L’Iran demande leur extradition. Or, Maliki doit tout à Téhéran. Les gens d’Achraf ne peuvent faire confiance à Bagdad. Par deux fois, en juillet 2009 et en avril 2011, les forces irakiennes sont entrées dans le camp, ont tué 47 résidents et fait des centaines de blessés. Aucune enquête n’a été autorisée, aucun parlementaire n’a pu visiter le camp, ni aucune ONG. Un officier irakien impliqué dans les massacres a même été chargé de gérer le camp Liberty!

Les gens d’Achraf sont-ils sans reproche? Les moudjahidines ne figurent-ils pas sur la liste terroriste des Etats-Unis?  

Les moudjahidines disent avoir renoncé à la violence et ils ont été désarmés par les forces américaines après la chute de Saddam Hussein. Personnellement, tout ce que je peux dire, c’est que lors des deux massacres à Achraf, pas un seul soldat irakien n’a été égratigné.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *