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“Pouran est morte pour la liberté des femmes en Iran” – Donna Hughes

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Pouran NajafiDonna Hughes* raconte la vie parsemée d’héroïsme de Pouran Najafi, tuée lors de l’attaque à la roquette sur Liberty le 9 février 2013:

Aujourd’hui, je veux attirer l’attention sur une femme qui a été prisonnière politique en Iran pendant cinq ans. Elle a passé 35 ans de sa vie à combattre le fascisme religieux en Iran. En 1979, lorsque la révolution a eu lieu, Pouran Nadjafi était au lycée dans une ville du nord de l’Iran. Elle a rejoint les Moudjahidine à l’âge de 17 ans. Lorsque le dirigeant des Moudjahidine de l’époque, Massoud Radjavi s’est rendu dans sa ville pour prononcer un discours, elle a distribué des tracts et aidé à organiser l’événement.

En 1981, Pouran et une amie ont été arrêtées et emprisonnées pour des activités de résistance suspectées. Pendant les cinq années qui ont suivi, elle a été prisonnière politique. Transférée de prison en prison, elle a aidé les femmes à s’organiser. Elle les a aidées à rester fortes, à résister aux gardes et même à s’échapper. Plus tard, lorsqu’elle a été libérée, Pouran a écrit ses mémoires de prison politique intitulées L’envol des enchainées.

Elle a essayé plusieurs fois de s’échapper et malgré de nombreux échecs, elle n’a jamais renoncé. Comme elle n’a pu s’échapper elle-même, elle a aidé deux amies à s’évader. Sa participation dans cette évasion lui a couté cher, et dans ses mémoires elle en rappelle les conséquences : « Les interrogateurs prétendaient qu’ils avaient arrêté mes deux amies. Ils me hurlaient dans les oreilles et exigeaient que j’explique comment je les avais aidées à s’échapper. J’ai répondu que puisqu’ils les avaient arrêtées, ils pouvaient le leur demander. Après m’être moqué des tortionnaires, le déluge de coups de poings et de pieds a recommencé. Le lendemain, c’est une série de pressions psychologiques qui a débuté : les gardiens ont réduit notre nourriture et limité notre accès aux toilettes. Puis nous avons été séparées les unes des autres, certaines ont été envoyées en cellule d’isolement. Quelques unes ont été jetées dans des pièces de 2 mètres sur 2 utilisées pour la chaudière. Cette pièce n’avait absolument aucune ouverture vers l’extérieur. Après une demi-heure, la respiration devenait difficile. Nous avons ensuite reçu un seau et un récipient d’eau et on nous a dit que nous ne serions pas autorisées à sortir, ni pour une pause, ni même pour aller aux toilettes. Ils nous ont dit qu’ils allaient nous enterrer là. On suffoquait de chaleur et de manque d’air. Toutes les 24 heures, les gardes entraient pour vider le seau, et après quelques jours on était toutes malades. On allait respirer à tour de rôle par le trou de la serrure, qui était la seule source d’air frais. Mais ils n’ont pas pu le supporter non plus et ils ont bouché le trou de la serrure avec de petits morceaux de chiffon. On a même été privées du petit trou de serrure pour respirer.

Notre peau est devenue jaune, mais il s’agissait d’une bataille pour survivre. On était comme des volcans, prêtes à entrer en éruption. On frappait sur la porte toute la journée, en protestant contre notre traitement. On criait, on chantait on gardait le moral haut. Le fait de savoir que les gardes pouvaient nous entendre nous donnait la force de continuer. On pouvait les combattre. Au bout de quelque temps, les gardes nous ont permis d’aller aux toilettes une fois par jour. et nous avons continué notre lutte. »

À un autre moment, Pouran a été transférée dans différentes prisons. Une fois, elle était à la prison d’Evine à Téhéran. Elle raconte : « Lorsque je suis entrée à la prison d’Evine, j’ai été directement envoyée en cellule d’isolement pendant deux jours sans que l’on m’ait posé de question. C’était une cellule sale, avec un WC à l’intérieur. Dans cette cellule, les cafards grouillaient. Il y en avait tellement qu’il était impossible de les tuer tous. Je me suis serrée dans un coin pour garder une distance avec les cafards. Adossée contre le mur, mes yeux ont saisi les noms gravés des personnes qui avaient signé leurs noms. Tandis que je lisais les noms, gardant un œil sur eux, je pouvais imaginer l’histoire de la cellule qui se déroulait devant moi. Toutes celles qui étaient venues ici avaient signé leurs noms en souvenirs. Je ne me rappelle pas le nombre exact de noms, mais cela dépassait la centaine. Je pleurais en découvrant des taches de sang sur le mur. Mais je pouvais sentir que je n’étais pas seule. Une chaleur mystérieuse m’entourait. J’ai ajouté mon nom à la liste. Je rejoignais dès lors le reste des voyageuses qui avaient visité cet endroit. Le sentiment de solitude et d’anxiété avait laissé la place à l’épanouissement et, étrangement, à de la force. »

Pouran a finalement été libérée de prison et elle est allée rejoindre les autres membres de la Résistance dans le camp d’Achraf, dans l’est de l’Irak. Elle faisait partie des mille femmes d’Achraf qui ont ensuite été transférées au camp Liberty. Elle a dû supporter les promesses honteusement violées, la corruption et la complicité des États-Unis et de l’ONU en Irak. Nous avons appris le massacre qui s’est produit là-bas. Le 9 février, le camp Liberty a été bombardé de roquettes et Pouran Nadjafi est l’une des sept personnes touchées et la seule femme tuée dans l’attaque.

Nous devons exiger une enquête sur cette attaque et inculper ceux qui en sont responsables.

Ce que je veux dire au sujet de Pouran, c’est qu’elle a voué sa vie à la cause de la liberté et de la dignité. Elle a tenu tête aux tortionnaires en prison. Elle a aidé d’autres femmes à survivre en les encourageant et en les gardant fortes, elle a aidé d’autres femmes à s’évader. Elle a travaillé avec d’autres femmes chez les Moudjahidine pour renverser un jour le régime iranien, et ce moment approche. Depuis l’intérieur de l’Iran, nous entendons des femmes qui se battent contre le harcèlement quotidien de la police dans les rues. Les femmes surmontent leur peur de l’autorité des gardiens de la révolution. Plus les femmes deviennent courageuses, et plus le régime perdson autorité. Les femmes comme Pouran Nadjafi ont préparé le terrain, commençant il y a des dizaines d’années. Elle n’a jamais renoncé. Pouran est morte pour la liberté des femmes en Iran. Il revient aux autres de finir le travail. Un jour, les femmes héroïques d’Iran obtiendront leurs droits.

*Intervention de Donna Hughes, chercheur et professeur d’université sur les droits des femmes aux Etats-Unis, le 10 mars à  Auvers-sur-Oise, dans une conférence pour la Journée internationale des femmes. Elle se déroulait au siège du Conseil national de la résistance iranienne, en présence de sa présidente élue Maryam Radjavi et de dizaines de femmes du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique et d’Europe.

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