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Quatre femmes s’attaquent aux hommes du rhum

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La 10e édition de la Route du rhum fait une petite place aux navigatrices. Elles seront quatre cette fois-ci sur 91 skippers, soit 3,64 % du contingent.

Femmes et route de rhumDepuis la création de la Route du rhum en 1978, il n’y a jamais eu autant de concurrentes. Elles avaient été trois en 2010 et en 2006, et quatre en 2002.

Pour cette 10e édition sont inscrites Anne Caseneuve (Aneo, Classe rhum), Juliette Pêtrès (Eau et Patrimoine, Class 40), Miranda Merron (Campagne de France, Class 40) et Phillippa Hutton Squire (Swish, Class 40).

Elles ont été portées dans leur passion par la victoire de Florence Arthaud en 1990 et celles d’Ellen MacArthur en 1998 et 2002.

Le journal français Le Monde les a réunies quelques minutes, malgré la bousculade des derniers préparatifs. Pourquoi si peu de femmes en voile?

« C’est délicat comme question, a admis la Bretonne Anne Caseneuve, doyenne du groupe à 50 ans. Déjà, en 1998, on n’était que trois filles. Je ne sais pas si c’est les commanditaires ou les filles qui ne sont pas assez motivées. Il y a eu la référence Florence Arthaud [victoire en 1990 à bord de Pierre 1er], Ellen MacArthur, puis Karine Fauconnier en 2002 (abandon), et puis plus rien. »

Peu de chemins leur donnent accès à l’expérience internationale, indispensable pour apprendre.

« Jusqu’à l’arrivée du Nacra 17 olympique (catamaran double mixte), il n’y avait pas de place pour les filles dans la compétition de haut niveau, ajoute Anne Caseneuve. Il n’y en avait que pour les garçons. D’où peut-être leur absence aujourd’hui dans la classe des Multi50 (multicoques de 50 pieds) ou en Ultime (multicoques de plus de 60 pieds). »

À 32 ans, la Française Juliette Pêtrès a quitté sa Touraine natale pour faire de la voile après une révélation en Méditerranée. Elle est skipper depuis deux ans à peine et a bouclé son budget à la dernière minute. Et, pour elle, le fait d’être une femme l’a plutôt aidée dans sa quête de commandites.

« Le côté fille, ex-véto qui fait de la voile, je crois que mes commanditaires ont plutôt aimé. En revanche, il ne faut pas se cacher : la voile est un sport masculin. Les bateaux sont des grosses machines. Et, comme dans les sports mécaniques, il y a rarement des filles. Mais toutes les filles peuvent y arriver. Ce n’est pas physiquement impossible. »

La Britannique Miranda Merron (45 ans) et Juliette Pétrès regrettent que les réflexes de la société et les balises de la vie freinent les navigatrices.

« La course au large n’est pas quelque chose qu’on débute à 20 ans, explique Miranda Merron au quotidien français. Il faut un peu de maturité. Mais, à 30 ans, les femmes ont plusieurs raisons de ne pas s’y mettre : des enfants, un mari qui ne veut pas qu’elles partent en solitaire, probablement un bon boulot qu’elles ne veulent pas quitter. »

« Il fallait voir le nombre de questions posées à Samantha Davies, avant qu’elle parte faire le Vendée Globe, sur la responsabilité vis-à-vis de ses enfants, ajoute Juliette Pêtrès au quotidien français. On ne demande pas la même chose à Kito de Pavant, qui a quatre enfants. Après il ne faut pas se voiler la face : notre société ne valorise pas les expériences extrêmes chez les femmes. »

Il y a eu l’exemple d’un équipage 100 % femmes engagé dans l’épreuve Ocean Race (compétition en équipage à 11 escales sur 9 mois), mais « il y a toute une équipe de puéricultrices pour assurer la garde des enfants », fait remarquer Miranda Merron.

Le simple fait de les réunir pour une entrevue, et qu’elles aient participé à une conférence de presse conjointe jeudi, montre que les femmes sont encore des « concurrents à part ». Elles ne sont pas sur un pied d’égalité avec les autres skippers.

« Je pense que ça embête les hommes quand on les bat, lance la Sud-africaine de 31 ans Phillippa Hutton Squire. Mais la voile est l’un des rares sports, avec l’équitation, où femmes et hommes se battent avec les mêmes armes. C’est bien là toute la beauté de notre sport : l’égalité. Il faudrait juste qu’il y en ait plus. »

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