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«S’il y a un massacre, l’Europe sera complice»,Rencontre avec deux opposants iraniens en exil

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Le Jeudi (Luxembourg), du 8 au 14 décembre – Hanif Asyabani et Firouz Mahvi sont membres du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Le premier a de la famille et des amis dans le camp d’Ashraf. Avec l’aide de parlementaires européens, ils tentent de convaincre l’Union européenne d’agir rapidement pour éviter le massacre.

Le Jeudi : «Comment réagissez-vous à l’attitude du Conseil européen telle qu’elle fut exprimée dans le communiqué du 1er décembre à l’égard de la situation à Ashraf?»

Firouz Mahvi: «Nous sommes très déçus. Alors que Lady Ashton avait, enfin, clairement exprimé son inquiétude, le Conseil n’a pris aucune décision. Les Etats ne sont pas encore prêts à faire quelque chose de concret. En tout cas, pour nous, s’il y a un massacre, l’Europe sera complice.»

Le Jeudi: «Que demandez-vous à l’Union européenne?»

F. M.: «Nous lui demandons de nous aider à convaincre l’Irak de: 1) annuler la date butoir du 31 décembre; 2) permettre sans tarder aux Nations unies, notamment à leurs services du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), de commencer à procéder aux interviews des résidents en vue de leur enregistrement officiel en tant que demandeurs d’asile; 3) ne pas procéder à des déplacements forcés à travers l’Irak, comme c’est, semble-t-il, l’intention des autorités irakiennes; et 4) placer les résidents sous la protection des Casques bleus de l’ONU ou de l’armée américaine. L’ONU a bien voté une résolution pour venir en aide aux populations civiles désarmées en Libye, pourquoi les résidents d’Ashraf n’auraient-ils pas droit à la même protection?»

Pas confiance

«Plus précisément, nous demandons à l’Union européenne d’entamer des procédures de rapatriement d’urgence du millier de réfugiés qui ont des passeports européens et de la centaine de blessés et malades. Par exemple, le Luxembourg pourrait facilement accueillir une vingtaine de blessés ou malades – nous sommes même prêts à payer tous les frais.
Enfin, nous demandons que l’Union européenne pèse de tout son poids, politique et économique, pour obliger l’Irak à respecter le droit international.»

Le Jeudi : «Les autorités irakiennes prétendent, notamment, traiter les résidents du camp dans le respect des “principes du droit humain et des règles du droit international”.»

F. M.: «On ne peut pas avoir confiance dans les autorités irakiennes. Alors que les résidents ont été reconnus comme “personnes protégées” selon le droit international, les autorités irakiennes ont foulé aux pieds le droit humanitaire le plus élémentaire, tant en juillet 2009 qu’en avril 2011, en envoyant leur armée contre des gens pacifiques et sans défense. Si les Irakiens étaient vraiment de bonne foi, pourquoi bloquent-ils aujourd’hui encore la procédure d’enregistrement
HCR nécessaire pour que les résidents bénéficient de la protection internationale à laquelle ont droit tous les “demandeurs d’asile”?»

Sale affaire

«Certains articles de presse évoquent l’intention du gouvernement de Bagdad d’enfermer les réfugiés d’Ashraf dans le camp Cropper – là où fut emprisonné Saddam Hussein – pour les juger sommairement, ou pour les livrer d’une façon ou d’une autre aux bourreaux iraniens. Il est plus facile de “perdre” les réfugiés s’ils ne sont pas officiellement répertoriés. Les intentions hostiles des autorités iraniennes sont manifestes.»

Le Jeudi : «Pourquoi sont-elles hostiles à ce point?»

F. M.: «Dans le fond, nous ne combattons pas le gouvernement irakien mais bien le régime iranien. En la matière, Bagdad agit sous les ordres des mollahs. En échange, ces derniers offrent leur soutien et des relations sereines.»

Le Jeudi : «En quoi ces quelque 3.400 réfugiés d’Ashraf représentent-ils une menace sérieuse pour Téhéran?»

F. M. : «Au fil du temps, l’Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI, membre du CNRI) est devenue “l’ennemi public numéro un” d’un régime somme toute fragile, malgré les apparences qu’il se donne. Pour le peuple iranien, Ashraf est le symbole de la résistance démocratique, et, comme tout symbole, est porteur d’espoir. Détruire Ashraf, c’est à la fois tuer le symbole et aussi montrer au peuple que le régime fait peur et est capable de mater la communauté internationale. C’est donc tuer l’espoir. Le peuple se sentira d’autant plus isolé et impuissant. Les résidents d’Ashraf sont conscients de cela, et c’est ce qui explique que, malgré une situation pour le moins insécurisante, ils gardent un moral et une volonté de fer.»

Le Jeudi : «Quelle est, selon vous, la responsabilité des Etats-Unis dans la situation actuelle?»

F. M. : «Elle est énorme. Les Américains ont désarmé le camp et ont déclaré les résidents sous la protection du droit international. Pourtant, ce sont eux qui ont livré Ashraf à un gouvernement irakien à la solde de l’Iran.»

Le Jeudi : «Supposons : nous sommes le premier janvier 2012, les autorités irakiennes passent à l’action. Que risque-t-il de se passer?»

F. M.: «L’armée irakienne lance l’assaut. Les résidents d’Ashraf résistent vaille que vaille sans armes. Beaucoup d’entre eux sont tués. Les survivants sont “triés” – hommes, femmes et enfants – puis embarqués dans des camions et emmenés dans des centres de détention, où ils seront maltraités, voire torturés. Beaucoup d’entre eux sont livrés à l’Iran, le reste est éparpillé à travers l’Irak. Une très sale affaire.»

Le Jeudi: «Vous êtes pessimiste…»

F. M.: «Un peu, évidemment, lorsqu’on constate qu’au lieu de nous aider dans notre combat la communauté internationale croit encore arriver à réformer le régime en privilégiant le dialogue avec les “modérés”. Mais ça ne marchera pas, pas plus d’ailleurs qu’une guerre. Ce régime sans légitimité n’a aucun avenir. Le Printemps arabe est heureusement là pour nous le montrer. Un à
un, les amis de l’Iran tombent, plus vite qu’on aurait osé l’imaginer. Tôt ou tard la communauté internationale comprendra que la stabilité au Moyen-Orient passe par la fin du régime despotique des mollahs en Iran, et que, dans cette optique, la seule solution est de soutenir le peuple iranien, et notamment les mouvements d’opposition démocratiques regroupés au sein du Conseil national de la résistance iranienne. En ce sens, nous sommes pleins d’espoir.»

 

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