Camp Liberty

Un haut responsable de l’ONU accusé de tromperie sur des milliers de personnes dans un «camp de concentration» .

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martin kobler avec barbeThe Sunday Telegraph, 13 janvier – Si on avait rapporté qu’un haut responsable de l’ONU avait été entraîné dans une conspiration qui, ayant déjà fait des centaines de morts et de blessés innocents, en tromperait ensuite des milliers d’autres en leur faisant croire qu’ils atteindraient la liberté, pour découvrir uniquement qu’ils avaient été piégés dans un abominable camp de concentration, cela semblerait assez sérieux. S’il avait été ensuite révélé que le même responsable avait fabriqué un document assurant au monde que tout allait bien, le scandale s’avèrerait encore pire.

Mais telle est l’accusation présentée à une commission du Congrès américain et visant désormais Martin Kobler, le représentant personnel en Irak du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et chef de la mission de l’ONU dans ce pays.

J’ai parlé à plusieurs reprises du sort des 3200 opposants iraniens appartenant à l’OMPI (les Moudjahidines du peuple d’Iran), qui pendant des années ont vécu paisiblement au camp d’Achraf, jolie petite ville dans le désert qu’ils ont construite en Irak, près de sa frontière avec l’Iran. En 2003, ils ont tous reçu une garantie personnelle de sécurité de la part du gouvernement américain. Mais lorsque les forces américaines sont parties en 2009, Achraf a été immédiatement assiégé par les forces conjointes irakiennes et iraniennes, sous la direction du Premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki. En 2009 et en 2011, la ville a subi des attaques entrainant la mort de 47 habitants non armés et faisant des centaines de blessés.

En 2011, Kobler s’est joint à Maliki et aux Iraniens pour jouer un terrible tour à ceux qui étaient restés à Achraf, en leur affirmant que s’ils se rendaient dans une ancienne base américaine près de Bagdad, le Camp Liberty, ils pourraient alors aller vers une nouvelle vie dans d’autres pays. Le 19 janvier de l’année dernière, le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR) a rapporté de manière confidentielle, que le camp Liberty ne répondait en aucun cas aux exigences d’un camp pour personnes déplacées. Mais onze jours plus tard, sous la direction de Kobler, un nouveau rapport a été rédigé disant absolument le contraire, suivi d’un communiqué de presse de son bureau, faisant valoir que les inspecteurs avaient trouvé le camp tout à fait convenable.

Sur cette base, les habitants d’Achraf ont consenti à se déplacer – pour se retrouver dans un camp de prisonniers étroitement gardé, sans eau ni électricité, commandé par le même homme, le colonel Sadek, qui avait dirigé les attaques meurtrières contre Achraf. Les conditions dans le camp sont toujours épouvantables : le jour de Noël, le camp a été inondé par les égouts, rendant la plupart des habitants malades, en particulier des centaines de femmes.

J’ai raconté, par le passé, une grande partie de cette histoire, mais ce qui est nouveau, c’est la divulgation du projet de rapport du HCR qui a été supprimé. Cela montre que la version publiée onze jours plus tard, était totalement fausse. Que celle-ci ait été fabriquée sous la direction personnelle de Kobler, a été confirmé par un de ses hauts fonctionnaires, Taher Boumedra, qui a témoigné devant le Congrès avoir été tellement horrifié par ce que Kobler pouvait faire qu’il a démissionné en mai dernier.

Il y a dix jours le Vice-président du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras, qui est également Président du Comité international pour l’application de la Justice, a écrit à Ban Ki-moon, lui demandant d’ouvrir une enquête approfondie sur «la tromperie et la dissimulation» par son représentant personnel en Irak, et sur le traitement des habitants d’Achraf (maintenant rebaptisé Camp du Nouvel Irak), qui apparait comme une violation flagrante de «toutes les valeurs sur lesquelles l’ONU a été construite ». Pour étayer son dossier, Vidal-Quadras a joint une copie du projet de rapport non publié, révélant à quel niveau de cruauté les habitants d’Achraf ont été victimes d’une «tromperie manifeste».

Leur cause est soutenue par des centaines d’eurodéputés et des milliers d’autres parlementaires, ainsi que d’anciennes hautes personnalités politiques et militaires à travers le monde, notamment aux États-Unis. Beaucoup sont impatients de voir comment Ban Ki-Moon va répondre à ce défi.

 

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